Mardi 10 janvier 2006
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15:30
Owen Noone & Marauder de Douglas Cowie (Christian Bourgeois Editeur)
« Quand, au milieu des années quatre-vingt-dix, deux jeunes garçons de l'Amérique profonde se rencontrent dans un bar à l'occasion d'une soirée 'micro pour tous', que font-ils ? Ils descendent quelques bières et décident aussi sec de créer un groupe de 'pseudofolkrockpunk' ! Même si aucun des deux ne sait chanter ni jouer de la guitare [...] Ainsi réinventent-ils le rock avec une espèce de pureté virginale, de bonheur sauvage trouvé à jouer live, tout en affrontant les requins de l'industrie du disque qui les alpaguent bientôt - producteurs foireux, directeurs artistiques obnubilés par les ventes, tournées inhumaines, trahisons diverses -, sans parler des coups bas de la presse people...»
Je vous en avais déjà parlé dans un article précédent et en fait pour une raison assez inexplicable ce livre m’a plu mais j’ai eu énormément de mal à le prendre entre mes mains pour le lire, tout du moins au début. L’univers décrit est celui de deux jeunes musiciens qui vont peu à peu acquérir du succès jusqu’à devenir suffisamment connus pour intéresser un gros label qui ne correspondra plus du tout à leur vision de la musique. La première partie m’a semblé très longue pour la bonne et simple raison que je ne saisissais pas la moitié des références dans le domaine de la musique (« pédale fuzz » ou « Telecaster jaune à pickguard noir »), des chansons folks (« John Henri » ou « Yankee Doodle »), ou de la géographie américaine lors de leurs virées ( « Trois heure et demie plus tard nous avions presque quitté le Tenessee pour aborder les Great Smoky Mountains »). Lors de la deuxième partie, les démêlés des deux musiciens avec un certain congressiste, avec les médias et avec leurs labels prennent le devant de la scène et l’histoire donne de l’ampleur au caractère des personnages, ils s'humanisent et gagnent en épaisseur. Sans compter qu’ils ne sont plus deux mais trois… et que la présence d’Anna, une fille rencontrée à New York va changer la donne.
Ce livre vous permet de voyager, de découvrir un monde, des Etats, un mode de vie et finit par vous persuader que vous faites la route avec deux copains auquels vous vous attachez au fil des étapes, avec leurs colères, leurs désespoirs et leurs émotions. La lettre que le Marauder reçoit de ses parents après que leur maison a brûlé n'est que cela, de l'émotion à l'état brut. Et cela vaut la peine de faire ce voyage avec Owen Noone et le Marauder.
Extraits :
"J’ai plongé le bord du journal dans l’eau et j’ai regardé l’humidité monter le long du bord, obscurcir le papier, brouiller les mots. Laissant tomber le journal, je l’ai poussé sous l’eau et l’y ai maintenu comme si je le noyais, comme si je l’empêchais de respirer."
"Je n’étais pas tenu de faire semblant d’être moi-même, car je n’étais pas moi-même et personne ne savait qui j’étais. J’étais simplement le Marauder, un nom ridicule. Je pouvais faire n’importe quoi, être n’importe qui et m’en tirer quoi qu’il arrive."
"Il faisait froid, l'air était lumineux, je suis restélà à regarder la maison incendiée en me protégeant les yeux contre le soleil.
Je crois que je n'avais rien mangé depuis le coup de fil de Stuart, j'avais l'impression que quelqu'un m'enfonçait le poing dans le ventre et le maintenait là."
"Quand nous sommes entrés en scène et que nous avons pris nos guitares, l'ovation s'est faite encore plus assourdissante. J'ai regardé Owen, j'ai senti le sang battre dans mon cou et mes poignets, l'adrénaline gicler à travers tout mon corps. Ce soir-là il n'y avait rien d'autre que j'aurais préféré faire, rien d'autre que jouer de la guitare devant mille personnes avec mon ami Owen Noone."
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