Dimanche 19 février 2006
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Ivre de femmes et de peinture (Chihwaseon)
Film sud-corréen de Im Kwon-Taek (2001)
Prix de la mise en scène ex-aequo à Cannes en 2002.
"Jang Seung-Ub, né en 1843, est un pauvre orphelin, réduit à la mendicité dans la rue. C'est alors que son chemin croise celui de Kim Byung-Moon, un bourgeois fortuné et esthète qui décide de le prendre en charge. Celui-ci constate très vite les dons du jeune homme pour la peinture et décide de l'encourager. "
Il y a une beauté plastique dans ce film qui semble être portée par le regard du peintre. Devenu "Ohwon", peintre reconnu, il traverse les époques et les rites sans se départir de ce qu'il est, sans se plier aux règles, l'humour perçant sous des comportements rudes ou des situations dramatiques (le peintre cherchant en vain l'inspiration d'une nouvelle forme d'expression sous des monceaux de papiers ou à califourchon sur un toit en vociférant, ce à quoi un passant lui répond que s'il suffisait de hurler sur un toit pour avoir du talent, il y a longtemps qu'il y serait monté lui aussi). Toujours à l'écoute des critiques de son "maître", il ne cesse de chercher, de pousser toujours plus loin son exigeance.
Im Kwon-Taek filme non seulement l'acte de création mais donne à voir les aléas d'un homme dans une société en mutation avec en toile de fond la chute de la dynastie Chosun où la peinture devient la seule incarnation d'une identité culturelle défaillante.
"Une peinture en quête de richesse et de gloire immédiates n'est que vanité."
"La vie est un nuage errant. J'irai où mes pas me mèneront."
Le principe des quotas
Sous la pression des Etats-unis, la Corée a vu son principe des quotas diminuer de moitié : "Le ministre de l'économie et des finances, Han Duck-soo, a précisé que le nombre de jours pendant lesquels les cinémas sud-coréens seraient tenus de diffuser des films produits nationalement passerait, à partir du 1er juillet, de 146 par an à 73."
"Ce système de quotas, unique au monde, avait été adopté en 1985 pour protéger l'industrie cinématographique coréenne et avait permis l'éclosion d'un cinéma de qualité, reconnu internationalement."
Cf. l'article dans Le Monde
En 1999, les cinéastes coréens avaient déjà manifesté pour la défense de ce quota de diffusion, seul rempart à un déferlement des films américains dans leur culture et sur leur territoire : "Il ne reste dans le monde que 3 pays dont le cinéma national occupe plus de 25% du marché intérieur face au marché du cinéma américain : la Corée, la France et le Japon. (...) Si nous ne défendons pas le quota nous risquerons d'y perdre notre identité et notre culture."*
Après s'être fait rasé en public en signe de protestation contre les manipulations économiques et politiques des Etats-Unis envers la Corée, Im Kwon-taek affirmait alors : " Nous ne voulons pas seulement défendre le cinéma. La culture n'est pas un voyageur qui va et vient. Elle fait partie de nos vies et se transforme petit à petit. Jour après jour, elle embellit et grandit. Elle devient une fleur qui embaume. Grâce à elle, la qualité de la vie s'améliore. Nous devons absolument défendre le quota pour préserver notre culture..."*
* interventions retranscrites du dvd
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