BauBô, déesse de la rue #streetart

par Mcwp 11 Janvier 2013, 10:23 Street Art

Après l'apparition de masques très colorés dans plusieurs endroits de la capitale, il fallut bien se mettre en quête de l'auteur, femme de conviction aux multiples talents cachée derrière une large casquette. Rendez-vous fut pris un soir de pluie dans son quartier de prédilection.


 

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– BauBô, que fais-tu dans la vie ?

En grande partie je fais ça, de l’artistique, sinon de l’intérim pour remplir le frigo.

 

 

– Pourquoi as-tu choisi ce pseudo issu de la mythologie ?

 

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Baubô est la déesse du ventre ou déesse des rires obscènes. Baubô est la déesse qui parvient à faire rire Déméter, déesse de l'agriculture et des moissons, déprimée, partie à la recherche de sa fille. Elle a les yeux à la place des seins, la bouche à la place du sexe. Lors de leur rencontre, et alors que Démeter néglige les récoltes qui meurent, elle lui raconte une blague salace. Celle-ci éclate de rire, en oublie sa tristesse et permet à la nature de renaître. J’ai trouvé ça symboliquement extrêmement fort. C’est un symbole féminin et c’est dans la continuité des thèmes sur lesquels je travaille.

J’ai lu un conte sur cette BauBô  dans le livre de Clarissa Pinkola Estés ,"Femmes qui courent avec les loups". C’est un livre passionnant sur la femme sauvage. Clarissa Pinkola Estés est conteuse et psychanalyste.

 

– C’est le pseudo que tu as pris dès le départ ?

Non, j’ai fait plusieurs tentatives mais c’est celui qui me colle à la peau.

 

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– Tu utilises différents moyens d’expression, quel est celui qui te correspond le mieux ?

Je travaille sur trois domaines : j’écris des textes que je slame et que je mets aussi en musique, je danse et m’entraîne tous les jours en hip-hop et bien sûr l’art plastique.  Aucun de ces trois modes d’expression n’a ma faveur. Tout est complémentaire. Quand je n’ai pas d’inspiration en art plastique, j’écris, sinon je vais danser ; je ne suis jamais dans l’ennui. Je ne suis jamais devant un mur blanc ou une page blanche. L’un nourrit l’autre et l’ensemble me nourrit complètement. 

 

– Et en terme de fréquence ?

L’art plastique est ce qui m’occupe le plus souvent en ce moment, car je fais ça chez moi. Mais je danse 5 fois par semaine et à peu près 2 heures par jour. L’écriture c’est fluctuant, je vais écrire beaucoup pendant 2 mois et ensuite je vais cesser. Il n’y a pas de retour particulier à cela sauf un livre qui n’a pas grand rapport et qui a été publié. C’est un recueil de lettres délirantes au Maire de Paris pour avoir un Hlm. Je les ai envoyées à une journaliste qui les a trouvées très drôles et ça s’est retrouvé en page 3 du journal Le Monde. Ça s’appelle « Complainte pour un HLM ». Mais je n’ai pas encore fait de recueil avec mes textes mais on peut les lire sur mon blog.



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– Dans la rue, on te connait pour des masques multicolores collés sur les murs. Y-a-t-il un rapport avec les masques de catch ?

Je ne suis pas partie des masques de catch mexicain mais des masques de l’opéra chinois, j’ai cherché des informations et ai vu des masques magnifiques que j’ai adorés. J’ai aussi vu des reportages, ensuite j’ai décliné sur cette inspiration.

 

– En quoi est-ce que ces masques t’ont touchée ?

Au départ, l’envie de faire ces masques était une sensation assez physique. Après, pour moi, ça représente le féminin qui observe. J’ai fait toute cette série là en me disant qu’avant d’être actif, on observe. J’ai essayé de mettre en valeur le féminin en le positionnant ainsi. Avant de pouvoir trouver sa place souvent on se demande où on va, comment prendre sa place. C’est aussi ça les masques pour moi et particulièrement quand je les place dans la rue. C’est pour faire descendre le féminin dans la rue et qu’il  prenne sa place dans le monde. Ça a toujours été ça l’idée... Pour dire, le féminin est là et ce n’est pas une sous-catégorie, il est là et il vous regarde.

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– Quand on regarde tes masques, on peut ne pas voir le rapport que tu as mis au féminin…

Moi, je travaille sur un thème mais les utérus qui sont représentés dans les masques tu les vois à peine. Il faut vraiment savoir à quoi ils ressemblent et imaginer qu’il puisse y avoir des motifs cachés. Pour les découvrir, c’est en deuxième lecture. J’aime cette idée qu’on ne les voie pas tout de suite, car souvent on dévalorise le féminin sans le dire vraiment. On nous le fait comprendre, on le boit pendant 20 ans quand on est des filles et on l’intègre bien. L’idée de cacher le féminin dans les masques c’est un moyen de parler de lui d’une façon subliminale, pour rappeler qu’il est là. Vous ne le voyez pas… mais il est là !

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soubidoubyBaubo.JPG– Beaucoup de tes créations comme celles en en scoubidous ont un rapport au jeu, qu’est-ce que cela représente pour toi ?

Dans les recherches que j’ai faites sur le féminin, je me suis rendu compte qu’on responsabilise les petites filles, voire on les sur-responsabilise très jeunes. Elles comprennent qu’elles doivent s’occuper des hommes et plus tard, de la famille. On leur demande d’être jolies, calmes et posées alors que les petits garçons continuent à jouer. Le problème c’est qu’un enfant se construit par le jeu. C’est comme ça qu’on comprend qui on est, quelle est sa place dans l’espace et dans le monde. Les petites filles arrêtent de jouer pour s’occuper des autres. Comment parvenir ainsi à trouver sa place dans le monde, avoir confiance en soi, savoir qui on est, physiquement connaître son corps ?

Par exemple, quand  je danse avec mon fils lors de nos entraînements (il est de la génération des mangas), je vois bien qu’il ne bouge pas de la même manière, qu’il occupe l’espace avec son corps, ses bras. Moi si j’essaie, je suis ridicule. En fait, ce n’est pas tant que nous ne sommes pas de la même génération, c’est surtout que je n’ai pas joué étant petite à occuper l’espace avec mes bras. Et donc je ne sais pas faire. Je ne sais pas me situer dans l’espace parce que je n’ai pas joué, je n’ai pas ces acquis. J’ai commencé la danse il y a peu. Je n’ai pas fait de danse auparavant hormis un peu de salsa. Je ne m’en donnais pas le droit. Alors on regarde tout ça, rétrospectivement.

Souvent, dans les parcs, on voit les pères jouer au ballon ou à n’importe quoi avec leurs enfants alors que les mères n’osent pas. Comme si ce n’était pas permis, comme si elles devaient toujours être sérieuses, toujours responsables. 

Du coup, je me suis dit, il faut réapprendre à jouer. 

Moi, j’ai réappris à jouer et ça n’a pas été simple parce qu’il y a une notion de mérite. Jouer juste pour le plaisir, ce n’est pas évident  quand on a oublié et qu'il y a eu tant d'interdits.

J’ai travaillé là-dessus, j’ai gardé ce symbole de l’utérus et puis je suis allée chercher des scoubidous qui représentent vraiment un côté ludique. Et puis j’ai fait des recherches pour de nouveaux collages avec utérus Tétris versus Pacman.

 


– Est-ce que cette nouvelle série est une rupture avec le reste et en quoi était-elle nécessaire ?

Pour moi, il n’y a pas de rupture parce que je vais encore continuer avec les masques. J’arrêterai quand je ne sentirai plus le truc. Et pour l’instant ça va. 

P1010506.JPGJ’ai commencé à coller cette nouvelle série il y a un mois. Au début, je n’ai pas mis les photos sur internet parce que je trouvais l’idée peu intéressante… comme toujours. Mais mon fils l’a trouvé super alors ça m’a convaincue. Je prends toujours en compte son avis.

Je trouvais le concept très rigolo : ça parle des jeux vidéos qu’on connaît tous maintenant. Donc il y a ce côté extrêmement ludique…

J’avais fait de petites peintures avec Pacman qui poursuivait un Tétris utérus quand je travaillais chez moi sur le jeu mais je me disais que ce n’était pas très intéressant sur une toile. Du coup je me suis dit que ça serait bien mieux dans la rue, que cela aurait plus de sens. 

Alors je suis allée mettre dans la rue cette idée de Pacman, le grand méchant masculin qui veut absolument manger le féminin et prendre toute la place. Ce symbole du masculin est soi-disant universel. Le féminin n’est pas universel, pour le coup, il est spécifique et il va batailler pour être reconnu comme valeur humaine autant que le masculin. Je précise que, pour moi, ce sont les valeurs dites masculines ou féminines telles qu’elles sont codifiées dans la société. 

Pour moi, les masques et les Pacmans sont deux directions différentes. Les masques, c’est le féminin qui descend dans la rue, c’est la première démarche et ça n’a pas été évident pour moi. J’ai fait pas mal de démarche avant de réussir cette prise de la rue en tant qu’artiste, en tant qu’être humain et en tant que féminin. Il a fallu que je cherche, j’observe, où j’ai envie de me poser, à quel endroit. 

Je me sens à l’aise maintenant, je prends vraiment le temps d’installer les masques comme j’en ai envie. J’imagine que la suite logique c’est : je peux parler, je peux m’amuser… c’est peut-être ça. Quand j’ai commencé à pouvoir installer les masques comme je le voulais j’avais vraiment des sensations très agréables, ludiques… c’est arrivé comme ça. 


 

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– Que peux-tu nous dire de ce collage ?


C’était le premier de la série, une première tentative très stressante. C’était un dimanche matin dans le marais, dans un coin où je n’étais jamais allée. Je me suis retrouvée dans un quartier que je connaissais peu et qui est piétonnier le dimanche. Il y avait un monde incroyable auquel je ne m’attendais pas. J’ai bien aimé l’endroit où j’ai placé le collage mais je ne savais pas du tout si j’étais convaincue ou pas. Et au final, j’aime bien.

 

– Le carré noir c’est un trou sur le mur ?

Oui, c’est une grille. C’est un peu comme les masques au début, je ne sais pas encore comment les installer ou les placer.

J’avais besoin d’une sorte de support géométrique pour les faire tourner autour, pour définir un chemin pour le Pacman pour qu’il ne trouve pas tout de suite le féminin. Mais le but c’est qu’il ne le mange pas…

Là, c’est le premier mais au fur et à mesure j’ai ajouté des Tétris. J’en ai mis une dizaine pour que le Pacman aie une overdose et qu’il finisse par accepter qu’ils existent. Les différents féminins sont symbolisés de différentes couleurs. Ce n’est pas juste un truc en bloc mais un féminin multiple. Pacman va-t-il arriver à dévorer tout ça ou bien va-t-il céder la moitié de la place dont il dispose ?

 

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– Si tu ne devais donner qu’un seul message à travers toutes tes créations, quel serait-il ?

Pour être un être humain accompli il faut avoir accès à toutes les valeurs humaines.

En dévaloriser certaines par rapport à d’autres nous rend tous incomplets, hommes et femmes. 

Je travaille sur ce principe. Je pense qu’une humanité, un monde, ne peut tourner que si les êtres humains sont complets, là ils ne le sont pas et on voit ce que cela donne.


 

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– Quels sont tes projets ?

Mes projets sont surtout dans la production. Je viens juste de commencer cette série Pacman versus Tétris que je vais développer. Là, je travaille aussi sur une troisième série que je mets en place chez moi et qui nécessite des découpages sur plastique qu’il faut que je fabrique. Je vais faire ça pendant tout l’hiver pour espérer les coller à partir de mars-avril. 

A côté, j’ai mes réalisations « indoor » comme les scoubidous qu’il faut que j’avance. J’ai aussi des projets de danse hiphop avec mon fils et ça avance bien. Quant à l’écriture, je suis sur des scènes slam régulièrement. En général, tous les lundi au Downtown car il y a une bonne scène, bien dynamique et bien sympathique, où je vais déclamer mes textes.

 

 

– Des projets avec des galeries ?

Que les galeries m’appellent ! (rires)

 

Pour en savoir plus, vous pouvez aller sur son blog ou sur son compte Facebook.

commentaires

My 23/10/2014 14:30

Je transmets à l'artiste...

michelin christine 22/10/2014 18:34

Je viens de découvrir votre travail grace au livre "femmes qui courent avec les loups", que je recommande à toutes les femmes et à leurs filles. BRAVO pour votre ART. MERCI.

BauBô 23/10/2014 19:01

voilà qui me fait profondément plaisir :) :) merci à vous de ce retour !

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