Bault, immersion dans l'étrange carnaval

par Mcwp 29 Novembre 2013, 19:31 Street Art

Au départ, un trait caractéristique, des collages qu'on remarque dans la rue, des peintures avec de curieux personnages. Ils sont signés Bault. Ils sont perturbants et séduisants, on les traque dans la ville et on finit par chercher qui est à l'origine de ces créations.
A l'occasion de son exposition solo en septembre dernier au Cabinet d'Amateur, Bault a bien volontiers accepté de répondre à quelques questions.


 

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–  Que fais-tu dans la vie ?
Je suis graphiste / artiste et je peins sur les murs.

 

–  Quand as-tu commencé à peindre ou à coller tes personnages dans la rue ?
J'ai commencé à peindre quand j'étais dans le Sud, à Sète en 97-98, les trains, les toits... un vrai défouloir, essentiellement du vandale. J'ai arrêté pendant longtemps et je m’y suis remis, à Paris, il y a 2 ans avec d'autres perspectives. Mais ça ne m'a jamais vraiment quitté, j'ai toujours fait 2-3 tags, 2-3 dessins. On ne quitte jamais vraiment le mouvement. Là, ça fait deux ans où vraiment je fais ça à cent pour cent. Le but, c'est de rencontrer le plus de gens possible. Je commence à connaître un petit réseau de graffeurs que j'aime bien. Cela fait vraiment 6 mois où c'est pleine bourre.



La-Seyne-sur-Mer - Le Mur de Toulon / L’impasse - 2013


 

 

chienvache_.jpg–  Ton site est un compte TumblR, pourquoi ce choix ? Voulais-tu ne rien dire de toi et de ce que tu crées ? Tu ne légendes pas ce que tu fais et tu ne rien dis de toi...
Oui, effectivement, il n'y avait pas grand chose sur internet mais je fais des progrès. J'utilise Tumblr et Instagram parce que c'est rapide, instantané. Je suis sur place et je publie direct. Il y a toute une partie de com que je refusais de faire parce que j'estimais que c'était une perte de temps. Maintenant, j'ai un Facebook que j'essaye de mettre à jour régulièrement, c'est un peu flippant mais tout passe par là aujourd'hui. Il est évident que ça ouvre des portes mais ça reste toujours un outil un peu anxiogène pour moi, on y déverse quotidiennement un flux d'inepties assez considérable.

 



obama.jpg–  J'ai vu que tu as participé au projet combo pour être affiché à Los Angeles.
Oui, il m'a contacté il y a quelques mois. J'avais déjà entendu parler de sa fresque sur les Femen au bord du canal. Cela s'est fait assez naturellement, deux jours après l'envoi du fichier, c'était dans les rues de Los Angeles. Cela a été une collab’ sympa mais le gars je ne le connais pas et je ne l'ai jamais croisé.

 

–  Bestiaire onirique et inquiétant ou humains atrophiés, penses-tu qu'il soit nécessaire de construire des images fortes pour interpeler les gens ?
Des images fortes, sûrement. Mais c'est plutôt faire des images différentes qui est important. L'image du « monstrueux », c'est une collection que j'étoffe depuis des années, c'est un travail sur le corps, le culte de la beauté, la tyrannie de l'uniformisation, le spectacle, la consommation, ce sont finalement des problématiques très contemporaines.

J'ai été graphiste dans une grosse boîte pendant plusieurs années avec tout ce qui va avec : open space, hiérarchie verticale, chargés de com décervelés, collègues insipides, égos surdimensionnés et commerciaux puants. C'est dans ce genre d'environnement que tu te dis que l'humanité est foutue. Je reniais finalement tous les idéaux qui étaient les miens, j'étais une pute parmi les putes. Le stress m'a bouffé et au bout d'un moment j'ai dit stop. Cette série, je l’ai faite pendant cette période-là et ce sont des travaux de graphiste avant d'être du street art. J'ai fait ça pour purger la violence que je ressentais.

 

 

 renard. jpg–  Tes dessins oscillent entre caricatures et gravures d’une grande précision. Qu’est-ce qui nourrit ton imagination pour réussir à couvrir cette gamme d’expression ?
Déjà j’ai cette envie, il faut que je dessine régulièrement, c'est vital. Quand je n’ai pas peint dans la journée ou dans la semaine cela devient vraiment un besoin. Ce qui nourrit mes influences ce sont les copains, les collaborations, la quotidienneté... Quand tu travailles sur un mur, tu travailles avec des gens, tu regardes comment ils bossent : chacun a sa façon de poser les trucs dans l’espace. Tu apprends et ça te permet de développer des techniques. Il y a des artistes que j’adore, que je suis, mais je n’ai pas d’artiste préféré.

Il y a une série de dessins dans l’expo où le début est très académique voire réaliste et travaillé et je finis mon dessin en laissant beaucoup de respiration et en mettant des éléments très bruts quasiment du dessin d’enfant où je laisse aller mon trait. Pour cette nouvelle série, j’essaye de changer les techniques. J’aime bien aussi les écritures automatiques… Après les influences, ce sont les rencontres, les voyages, un peu tout.


 

chienmort_.jpg –  On retrouve de façon récurrente le thème du masque, des apparences, de la mort. Est-ce que c’est ta vision du monde dans lequel nous vivons ?
Je suis très pessimiste en fait mais un pessimiste joyeux. Je pense que l’homme n’est foncièrement pas un être bon : il y en a toujours un qui essaye de bouffer l’autre que ce soit dans le graffiti ou ailleurs et c’est vrai que dessiner des petites fleurs et des petits poneys mignons, enfin dessiner des choses qui pourraient séduire tout le monde et faire l’unanimité, je ne veux pas faire ça, je ne peux pas.

 

–  L’humanité d’accord, mais mêmes tes animaux ont des masques…
Oui, l'animal est juste un prétexte pour figurer le monde. Le masque c'est avant tout pour parler d'apparence, de ce que l'on donne à voir à l'autre, du personnage social que chacun façonne pour cacher sa propre vulnérabilité.


 

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–  Ta série de Freaks était très impactante, on ne pouvait pas ne pas les voir…
Oui, tu parles de ma série de collages, tu vois, ce qui me dérange c’est que c’était de la photocopie.

J'ai rencontré Kashink à ce moment-là, on n'a pas mal parlé de ça, elle fait tout à la main et c'est clair que ça a une saveur différente. Un beau collage fait main, ça a plus de gueule qu’un mec qui va photocopier 4 kilomètres de dessins et qui en met partout. Bon après, il y a des trucs très bien mais ce n’est pas le même boulot. C’était bien de l'avoir fait car l'impact est important à Paris mais artistiquement, coller des affiches, des photocopies… la démarche n’est pas super sexy, je trouve.


 

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–  Justement tu parlais de Kashink, vous avez fait une fresque au Bloc ensemble… qui a eu l’idée de cette collaboration ?
En fait, le Bloc, c’est ANTI, qui nous a invités pour les portes ouvertes. C’est un mec qui fait plein de trucs, de la sculpture, des bas-reliefs. On a repeint le même couloir, Kashink et moi, on a sympathisé. Un mec voulait peindre un bar de 15 mètres de long, et du coup on s’est dit qu’on allait le faire ensemble. On a fait un personnage chacun, elle une tête, moi, un perso et on a fait une brochette de freaks et étrangement nos deux styles se mariaient bien. Du coup, on s’est dit que c’était cool et on a recommencé place Fréhel la semaine d’après.

 


–  Qui est Emilla ?
C’est une amie. Elle est japonaise, et comme tous les Japonais, elle a ce charme insondable, ce petit truc qui t'amène ailleurs. On dessinait souvent ensemble, on a fait quelques fresques, on a collaboré un petit moment.

  

–  Que peux-tu nous dire de ce dessin ?


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C’est un personnage, un culturiste à petite tête, microcéphale, unijambiste, qui chevauche une murène éléphant qui elle-même est suivie par un éléphanteau guppy. Et tu vas sans doute me demander pourquoi et je te répondrai : je ne sais pas trop. En tous cas, ce dessin regroupe divers thèmes : le thème du culturiste, la protéine, le culte du corps, le monstre, le handicap... A chacun de faire sa sauce avec ça.


 

–  Tu viens de faire le vernissage de ta première expo solo sous le nom de Bault au cabinet d’amateur. Est-ce que tu as été surpris par la réaction des gens ?
J’ai été surpris par l’accueil : beaucoup de retours positifs. Je pense que les gens ont été un peu désappointés en arrivant sur le lieu d’exposition parce qu’on ne retrouve pas exactement ce que je fais dans la rue, c’est juste du dessin, du petit format, il s’agit d'un travail sur papier. On retrouve  quelques éléments que je développe dans la rue mais traités d’une façon complètement différente. Je pense que cela a un peu déstabilisé les gens.  Cette expo m’a permis de sortir de nouvelles séries de dessins qui vont servir de base à mes nouvelles peintures.

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–  Tes projets ?
J'ai pas mal de demandes en ce moment, je suis dans une phase de production. Je suis en résidence dans une galerie tout le mois de décembre pour ça. Sinon en janvier, j'ai un super projet dans un ancien salin à côté de Montpellier et en mai le K-live à Sète. Pour les autres trucs, je ne peux pas trop en parler pour le moment, c'est en cours...

 

 

Vous pouvez retrouver l'univers de Bault et suivre son actualité sur son TumblR, sa page Facebook ou son compte Instagram.

  

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