L'univers de Nicolas Barrome #streetart

par Mcwp 4 Octobre 2012, 11:52 Street Art

Sans titre
Après quelques pérégrinations dans les rues de Paris, il y a environ un an, une fresque m’a interpellée par sa couleur, sa matière et ses curieux personnages. Elle était signée NB.JSPZ. Hier soir, j’avais rendez-vous avec un des auteurs de ce collectif, Nicolas Barrome, pendant que la pluie recouvrait Paris.

 

–  Comment passe-t-on des Etudes de commerce aux Arts appliqués ?
 

C'est assez simple. Après avoir obtenu un bac ES (économique et social), et sans se poser les bonnes questions, on se dirige tout naturellement vers des études de commerce. Puis au bout de quelques semaines (voire quelques heures), on se demande ce qu'on fait là et on se dit que l'année va être longue. Puis on se rappelle que depuis tout petit on adore dessiner et tripatouiller toutes sortes de trucs. Alors on se renseigne et on se rend compte que des études en Arts Appliqués nous correspondraient beaucoup mieux. Et voilà! Bon, et avant ça on s'est fait virer de l'école de commerce.

Mais plus sérieusement, les études en Arts Appliqués étaient davantage faites pour moi que les Beaux Arts, disons que je trouvais ça plus rassurant et j'y ai tout de suite rencontré des gens qui avaient les mêmes envies que moi, ce sont toujours mes potes et on travaille ensemble aujourd'hui.

 

 

– Ces potes de l’époque, c’étaient qui ? Jeanclode ? Jeanspezial ?
 

On a tout de suite eu envie de bosser ensemble, au départ c'était ni plus ni moins qu'un crew de graffitis - parce que c'était cool d'avoir un crew*. On a fini nos études à Troyes, on y est arrivé par hasard sans savoir qu'on y trouverait un nombre incalculable d'usines désaffectées et de terrains vierges pour s'entraîner. A côté de ça, on avait envie de se faire la main en tant que graphistes / illustrateurs et on a fait pas mal d'affiches pour des soirées étudiantes, un magazine gratuit, quelques plaquettes, etc.  Et il nous fallait un nom, on a décidé de s'appeler Les Jeanclode.

Très vite on s'est fait d'autres amis qui faisaient parti d'un autre groupe, les "Espezial". On a fait de la peinture ensemble, pas mal de murs, et on s'est dit : "Pourquoi ne pas faire un collectif tous ensemble ?"

Et c'est comme ça qu'on a créé "Jeanspezial". La machine s'est vite lancée, nous avons fait beaucoup d'expos, beaucoup de peinture, des décos pour des agences de pub, etc.  Ce qu'on voulait, c'était s'amuser et se faire plaisir tous ensemble, comme une bonne vieille colonie de vacances. Le collectif existe depuis 7 ans maintenant. Avant on était connu en tant qu’entité Jeanspezial mais maintenant tout le monde a tiré son épingle du jeu : tatoueur, model-maker, illustrateur, pub, ... On ne se retrouve en collectif qu’à quelques occasions, comme par exemple à Berlin (Festival Pictoplasma en avril 2012), car chacun est très occupé et ça devient compliqué de se retrouver.

 * groupe d'artistes graffiti ou street-art

 

 

–  Et qu'est ce que tu fais dans la vie maintenant?

D'un côté, je suis illustrateur pour des campagnes de pub et un peu d'édition, et je travaille en collectif sous le nom Les Jeanclode, avec Sébastien Touache et Mathieu Julien.

En parallèle, je consacre aussi pas mal de temps à faire du graffiti et à promouvoir mon univers personnel en faisant des dessins, des toiles, et en participant à des expositions.

 

 

- Sur ton site, l’introduction est : « Chiens qui louchent, poils et glaces trois boules ». Peux-tu nous expliquer ça ?

Alors pourquoi les poils? En fait, c'est un raccourci pour définir la manière dont je dessine. Je suis obsédé par les trames de points, de traits etc.  Les premières fois que j'ai utilisé cette technique c'était pour dessiner des monstres et des animaux avec des fourrures. Je pouvais passer des heures à dessiner poil par poil pour que le rendu soit le plus doux et plus réaliste possible. Et sans m'en rendre compte j'ai adapté cette technique de trame à tout le reste, que ce soit sur toile, sur papier, mur ou même sur Photoshop...  Je consacre toujours un temps fou à texturer les personnages, créer les ombres et lumières, les mettre en volume, faire des dégradés, etc.  Et ce, toujours en faisant des milliers de petits traits.

Et donc, même si aujourd'hui dans mon travail c'est devenu bien plus qu'une manière de dessiner des fourrures, beaucoup de gens me disent : "Ah ouais, ils sont super tes poils !"

Les chiens c'est encore autre chose, je n'en ai jamais eu mais j'adore les dessiner. Le chien, c'est le super copain par excellence et il me suit partout, c'est sans aucun doute le personnage que je dessine le plus maintenant. Et même si tu le tournes en ridicule, si tu lui fais faire n'importe quoi, si tu le martyrises un peu, il sera toujours content et aura toujours la langue qui pend - c'est sa manière à lui de sourire.

Enfin la glace trois boules, c'est un clin d'oeil à ma deuxième passion après le dessin, la BOUFFE. Que ce soit la junkfood, les plats de ma mère, les bonbons ou le foie de veau, j'aime la nourriture et j'adore aussi la dessiner.  Alors avant que tu me poses la question, non je ne mange pas de chien à la carbonara.

 

Slice of Wolf 

– Tu parles de « martyriser » les chiens : pourquoi découpes-tu des animaux sur tes dessins ?

Oh, je ne l'ai fait que sur quelques images mais c'est vrai que j'aime bien les découper, leur couper la tête pour voir ce qu'il y a dedans... ça m'amuse, rien de plus ! Et d'ailleurs il n'y a pas que les chiens que je martyrise...

En fait, j'aime bien dessiner des images à plusieurs lectures et voir la réaction des gens. Alors parfois c'est triste mais les gens sourient, et parfois c'est censé être drôle mais parce qu'un chien a la tête coupée alors les gens trouvent ça dégueu ! Ca m'amuse. 

 

 

– Est-ce que tu peux nous dire quelques mots sur les niveaux de lecture de tes images, par exemple sur celle-ci (voir photo ci-dessous) ?


78_poster-NBarrome.jpg

 

C'est une image que j'ai réalisée dans le cadre d'un projet mené par French Fourch sur le thème de la baston. Plusieurs artistes/graphistes/illustrateurs y ont participé et chacun devait faire une image autour de ce thème. J'avais envie de leur proposer quelque chose de plus décalé qu'une scène de baston classique qui aurait tout de même été drôle à dessiner mais qui m'amusait moins.

Alors là on est typiquement dans la double lecture. Au premier coup d'oeil, on se retrouve devant une scène complètement figée, un peu comme une nature morte. Il n'y a ici aucune volonté de dynamisme, au contraire.

On a l'impression d'être devant un manège abandonné, voire même une sculpture.

Mais quand on rentre dans le détail, on se rend compte qu'il vient de se passer quelque chose. On a failli surprendre les personnages en train de s'entretuer, un peu à l'image de votre maman qui rentre dans votre chambre et qui vous surprend presque en train de mimer Kurt Cobain devant votre glace. Ici les personnages essaient de camoufler comme ils peuvent le fait qu'ils viennent de se défouler les uns sur les autres.

 

 

– Sais-tu que ce que ta signature, avant tout, ce sont les trames et la texture ?

Oui c'est vrai, dans le cadre du graffiti on me parle beaucoup plus de ma technique et des trames de traits que de mes personnages.

Mais ça ne me dérange pas du tout, au contraire, j'adore cette manière de bosser et j'ai l'impression que c'est ce que j'ai de plus personnel. On me demande d'ailleurs souvent si c'est vraiment de la bombe ou même parfois si ce n'est pas du pochoir - là, j'avoue que je ne comprends pas.

Je suis quelqu’un de besogneux et de patient. J’aime la richesse des dégradés.

Et il ne faut pas croire que je fais ça au pif ! Des fois, je me prends la tête pour deux traits qui manquent sur une image, je sais ça peut paraître débile !

 

 

NicolasBarrome

 

 

– Comment se passent tes récentes collaborations avec Amandine Urruty ? Avez-vous le même souci de la matière ?

Amandine est surtout reconnue pour ces dessins sur papier et sur toile, elle ne faisait pas de peinture en grand avant mais je n'ai pas eu besoin de beaucoup insister pour qu'elle vienne faire un mur avec moi.

Cela lui a beaucoup plu et nos images ont particulièrement bien fonctionné ensemble. Sa première expérience était en avril dernier et depuis nous avons fait beaucoup de peintures à deux.

Son approche n'est pas la même, elle utilise de l'acrylique au pinceau mais ça n'est absolument pas un problème, nous prenons beaucoup de plaisir à mélanger nos univers.

 

      

 

 

– Alors, les projets ?

C’est d’abord le prochain Winter Show organisé par Arts Factory du 21 novembre au 7 décembre 2012 à la Galerie Lavignes Bastille .

C’est une exposition collective et j'y participe avec certains membres du collectif Jeanspezial.

Je participe en même temps à une autre exposition collective au Danemark en décembre.

J'espère de beaux projets en pub, beaucoup de peinture et ce sera déjà pas mal !

 

 

Vous pouvez, bien entendu, aller voir son site, sa page Facebook, ou son compte FlickR.



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