Madame Moustache entre en scène ! #streetart

par Mcwp 2 Novembre 2012, 13:05 Street Art

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Madame Moustache n'est pas un endroit où danser en soirée, Madame Moustache n'est pas un groupe de musique country, c'est une artiste au rouge à lèvres comme sa signature qui accepte parfois de parler de sa passion pour les collages.

 

– Madame Moustache, en fait, tu fais quoi dans la vie ?

Deux choses différentes. J’ai un boulot alimentaire qui n’est pas très intéressant mais avec lequel je prends tout de même du plaisir - à l’origine je suis comédienne et scénographe, travail que j’ai fait pendant plusieurs années en ayant pas mal voyagé - et les 70% du reste de ma vie, c’est mon boulot de Madame, mon vrai travail, ma passion, mon gros projet, mon truc.

 


– Pour réaliser tous tes collages, as-tu eu un héritage de magazines ? Était-ce un stock dans le grenier de tes parents ?

Non, c’est chiné, trouvé dans des poubelles, des brocantes. C’est de la récup’ à mort ! J’ai un tas énorme chez moi de vieux magazines, de vieux journaux. Ce n’est que du vieux. C’est très important pour moi que ce soit du « vrai » vieux, uniquement du début  du siècle jusqu’aux années 1960-70 et rien au-delà. Les matières,  les couleurs, les typos font que, chaque original, chaque collage original qui fait après l’objet d’un tirage en repro dans la rue, n’est pas reproductible parce que je n’ai qu’un exemplaire de chaque magazine. Ce n’est pas comme un dessin. Je les scanne, j’ai une bibliothèque de scans en plusieurs définitions, en couleurs, en noir et blanc. Etant donné que je vends les originaux, c’est la seule chose qui me reste.

Donc pas de grenier en héritage mais j’ai un amour démesuré pour faire les poubelles, les brocantes, les vide-greniers, les petites annonces. Mais chez moi ça commence sérieusement à ressembler à un grenier pas mal encombré…


 

chasse


 


roti– D’où te vient ton inspiration que je qualifierais de mi-potache mi -vaudeville?

Cela vient beaucoup de l’enfance, de tous les souvenirs que j’ai. De l’énorme nostalgie que j’ai de mon enfance. Je pense que je n’accepte pas du tout le fait d’être devenue adulte. C’est pour ça que je n’utilise que des vieux papiers ou de vieilles choses.

Après… l’inspiration un peu potache comme tu dis, un peu vaudeville, un peu grotesque, c’est mon accroche et ça vient du théâtre. J’ai beaucoup travaillé dans le théâtre, c’est ma formation de base. Et ça vient aussi de mon rapport à la sexualité et à l’amour. Je pense que les relations humaines, les rapports hommes/femmes, femmes/femmes et les rapports humains ne sont pas des contacts faciles.

Je pense que c’est vraiment un mélange violent et bordélique de tout ça.

 


– Qu’est-ce qui t’a décidé à aller coller la première fois ?

J’ai rencontré un mec génial, que je ne vois plus trop en ce moment, un type très talentueux, qui est graffeur et colleur d’affiches, qui s’appelle Sword. On s’est rencontrés par l’intermédiaire de Facebook et j’ai commencé à faire des photos pour lui quand il allait coller.

seduction-copie-1.jpgParallèlement,  je commençais déjà à faire des collages à la maison, pour moi. En fait, je dessine et je fais des collages depuis que j’ai l’âge de respirer. Je suis née dans une famille d’artiste : mon grand-père était peintre et scénographe, mon père a le même don sauf qu’il n’en fait pas usage et je passais tous mes dimanches dans l’atelier de mon grand-père. J’ai grandi dans un univers artistique et donc j’ai toujours eu cette sensibilité là.

Et j’ai rencontré ce mec avec qui j’ai commencé à traîner, à faire un peu de photos. Et puis au bout d’un moment, il est venu chez moi et a vu les collages que je faisais, et il m’a dit : « écoute, on se donne un thème, la semaine prochaine tu fais un truc, je le scanne et puis je t’emmène chez mon imprimeur. On l’imprime en méga grand et je t’aide à le coller. On colle à côté l’un de l’autre et pour une fois tu ne seras pas que spectatrice ». Ça a commencé comme ça, c’était au bord du canal Saint Martin, c’était il y a un an et demie, juste avant les vacances d’été. J’ai posé la deuxième bande de mon collage et c’était un énorme singe avec un sexe en forme de trompe d’éléphant et il était écrit « sans les mains », je l’ai posé et j’étais morte de rire. Là, un mec qui était apparemment un gros graffeur de Paname m’a félicitée et ça m’a donné une énergie incroyable. A partir de ce moment-là, je n’ai plus arrêté.

Maintenant, j’ai une fréquence beaucoup plus prononcé qu’avant. Je n’ai jamais autant collé de ma vie que maintenant. Je colle une à deux fois par semaine et plusieurs. Je recycle, je colle toujours du vieux et du neuf. Je commence à vraiment avoir un rythme. Au début c’était épisodique mais je continuais parce que j’aimais bien.

C’est grâce à lui que j’ai commencé, que je continue, que c’est en train de devenir ce que ça devient et que c’est génial. C’est en train d’éclore et c’est un truc que je n’aurais jamais imaginé. Même ne serait-ce que trois personnes qui me laissent des messages pour me dire qu’ils aiment ce que je fais, c’est inestimable. Merci à lui.

 


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– Parmi les motifs récurrents, dans tes collages, il y a un bonnet rayé. Cela ne ressemble à rien de ce qu’on peut voir ailleurs, est-ce que tu peux nous donner une clé d’interprétation ?

Il y a plein de raisons, le moindre détail est justifié, et je peux réfléchir longtemps à pourquoi je mets telle chose à tel endroit.

Mon grand-père paternel était un des hommes de ma vie, voire peut-être la personne que j’ai le plus admiré. C’était quelqu’un de très talentueux, d’absolument génial, qui a été déporté à Dachau et qui, quand il en est revenu, était en tenue de prisonnier, en habit rayé blanc. C’est une des raisons. En fait, pour moi, ça symbolise tout ce qui est asservissement, assouvissement, rapport de forces. C’est un indice mais il y a encore beaucoup d’autres choses. C’est une des raisons… mais il y en a plein d’autres.

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Je n’aime pas donner toutes les clés, tout ce que ça représente pour moi.

Parfois, je trouve ça magique de ne pas savoir. Je donne aussi des indices pour perdre les gens. Il y en a qui verront des trucs de cul dans ce que je fais et rien d’autre et qui m’insultent presque. Je m’en fous, ce sont des gens qui n’ont pas compris. C’est mon jardin secret et je n’ai pas envie de l’expliquer.

Il y a toujours plein de solutions possibles. J’aime que ce soit pluriel comme l’amour que je décris qui est pluriel. Pour moi, pour la symbolique et la signification, c’est pareil.

 


– Le motif du poisson est aussi omniprésent : est-ce que ce n’est qu’un symbole sexuel ?

C’est un symbole sexuel pour celui qui ne fait pas attention à ce que je fais. Oui, ça a une accroche sexuelle, évidemment. Le poisson, c’est quelque chose de phallique. Mais ce n’est pas que ça.

C’est ancré dans mon enfance. Il y a une raison très particulière et notamment un énorme rapport au père mais ce n’est pas que cela non plus. En fait, j’aime perdre les gens et c’est ce qui me fait rire. J’aime que les gens soient surpris, qu’ils s’attendent à une chose et en découvrent une autre, qu’ils se rendent compte que ce n’est pas aussi simple que cela.

Moi, j’ai envie que les gens regardent mon travail et qu’ils se marrent, voire les faire réfléchir, les interroger.

 


– Comment réagissent les gens dans la rue à tes collages parfois grivois ?

Les réactions des gens sont très variées. Les petites vieilles qui se marrent, ça c’est génial, c’est une friandise. Quand tu colles un truc un peu grivois, un peu cul, et que tu as la mamy qui fait style de pas regarder, qui regarde du coin de l’œil, qui rit et s’en va avec son cabas, ou qui me fait un clin d’œil, ça c’est génial ! C’est un morceau de bonheur pour moi. Sinon il y a aussi des gens qui sont, on va dire, moins tolérants…

 

0963129abdd211e1abb01231382049c1_7.jpg   de3e637afea011e1a57122000a1cf722_7.jpg

 

– Ils réagissent parce que tu ne fais pas que du collage mais que tu fais aussi de la peinture (la signature Madame Moustache) ?

Oui, je fais de la peinture mais toujours sur l’affiche. Au début, j’ai failli avoir des ennuis parce que je débordais un peu de l’affiche, maintenant je suis sage, c’est uniquement sur l’affiche.

La semaine dernière je me suis fait carrément insulter par un mec. C’est allé très loin et très vite. Il a crié, m’a insultée, c’était violent. Et puis un autre qui m’a dit que c’était dégueulasse, que c’était de la merde.

Il y a aussi bien sûr des trucs géniaux. La dernière fois en collant avec Fred le Chevalier, il y avait des gamins qui nous regardaient coller. J’ai commencé et pendant ce temps ils faisaient des paris, ils avaient 5-6 ans, ils étaient surexcités et ils essayaient de deviner : « oui, c’est un poisson,  c’est un chat… ».

 

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Ça, ce sont des petits moments délicieux, c’est un vrai moment d’échange. Mais les réactions sont très variées et que ce soit dans la violence ou non c’est toujours intéressant. Je recherche aussi cette confrontation sinon je collerais à 4 heures du matin. Je cherche le dialogue. Après, le fait de coller quelque chose dans la rue où il n’est pas explicitement dit que c’est autorisé, il y a toujours quelqu’un pour être garde chiourme à la place des flics.

 


conversation.jpg  Tes personnages sont grimés, masqués, cachés par un bandeau noir, pourquoi ? Est-ce qu’ils transgressent un interdit ?

Non, plutôt parce que c’est une grosse mascarade, ça participe du théâtre. On met des masques, on joue des rôles. J’aime bien aussi que ça donne un petit côté sulfureux, partie fine en mode campagne, un côté décalé et rigolo.

Je suis également une fan de Zorro. Après avoir mangé ma soupe de légumes aux pâtes, je regardais Zorro et le sergent Garcia. Je trouvais ça génial et j’adorais le grain de la pellicule. Je suis très nostalgique de cette image là. C’était très beau. Il y avait une couleur très particulière que je trouvais très belle. J’aime bien aussi l’idée de « on se cache sans se cacher ». Ce n’est pas vraiment du déguisement, c’est de la farce.

 


– Est-ce que cette image représente ta notion de l’amour ?

kapo.jpgUn peu, oui (rires). A l’origine, je l’ai faite pour un couple d’amis très amoureux et ils l’adorent. Ils m'aident et me soutiennent beaucoup - et je leur dois aussi beaucoup. L’image de l’amour que je donne ici n’est pas la leur mais bien la mienne. Je suis un peu une menteuse sur mes affiches. On peut croire que c’est léger et rigolo mais moi je ne suis pas quelqu’un qui croit en l’amour. Et parfois ça transpire. Cet atomiseur Kapo, ça atomise, ça tue, ça fout K.O. Je suis assez dans la contradiction.

 


– Que penses-tu de ce que dit Fred à propos de toi : « que tu es une artiste avec des choses à dire et que tu ne devrais faire que ça dans la vie » ?

Je suis très émue et très touchée.  En fait je suis une petite fille et c’est pourquoi je n’aime pas me montrer, je suis très discrète et quelqu’un qu’on voit peu à des vernissages. Tu ne peux pas, toi, te déclarer artiste, ça ne veut rien dire. Ce sont les autres qui doivent te déclarer artiste.

Que Fred dise ça, je suis très honorée. Cela me touche car j’aime beaucoup son boulot. C’est quelqu’un de très doué, très talentueux, très touchant, très intelligent et que ça vienne de lui, c’est d’autant plus élogieux.

Je crèverais d’envie de ne faire que ça, je tends vers ça. Je voudrais ne faire que ça !

 


– Est-ce que tu es quelqu’un de drôle dans la vie ?

Ça c’est pareil, je ne peux pas te le dire. Je ne sais pas, j’espère. C’est une des choses à laquelle je pense, j’espère être quelqu’un de drôle. Quelqu’un de bien, c’est trop dur, mais quelqu’un de drôle, je l’espère au moins. 

 

 

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– Tes projets ?

De très belles expos, un concours en Italie au mois de décembre, un prix à Milan. J’attends de voir si je fais la braderie de Roubaix. Plein de trucs… je prends tout ce qu’on me donne, tout ce qu’on me propose. Je vais peut-être aller coller dans les rues de Nîmes parce que je suis invitée par quelqu’un de chouette.

Je suis contente des petites comme des choses plus importantes. Je me gave de tout ce qu’on me propose, je prends tout et je dis merci. On me contacte plus que moi je ne fais de démarches et j’espère que ça va continuer. C’est toujours touchant quand les gens font la démarche de venir vers toi, ça veut dire qu’ils croient en toi.

Plein de trucs, c’est chouette.


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commentaires

medical data resource 25/09/2014 08:27

Madam mustache seems to be a great party place for all those who seek for some variety. They do organize events and concerts, which are thrilling enough and will leave you with a splendid evening. And it is a glad news that they are coming with the street art concept.

My 19/11/2012 11:53

Mr Choule > de la belle ouvrage, oui. Madame Moustache est une artiste.

Mr Choule 18/11/2012 10:14

bonjour. Belle interview, jolis travaux de collage. Voilà du blog de qualité. Bonne continuation.

Farfouille 07/11/2012 10:31

oui oui, j'avais vu, m'enfin bon ;-)

My 05/11/2012 11:31

Si tu regardes attentivement l'affiche, tu te rendras compte qu'ils sont bien peu intéressés par lesdits "coin coin"... ;)

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