Amuse-bouche

 

"Geai était morte depuis deux mille trois cent quarante-deux jours quand elle commença à sourire."

 

Christian BOBIN - Geai

 

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Les photos du thème "Abandon, ou lumière sur la matière" ont été exposées à l'atelier-Musée Adzak à Paris en Mars 2007. 

Le projet "BikeP" a été exposé en juillet 2012 à l'Hôpital Rothschild, à Paris.

 

   

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Vendredi 29 novembre 2013 5 29 /11 /Nov /2013 20:31

Au départ, un trait caractéristique, des collages qu'on remarque dans la rue, des peintures avec de curieux personnages. Ils sont signés Bault. Ils sont perturbants et séduisants, on les traque dans la ville et on finit par chercher qui est à l'origine de ces créations.
A l'occasion de son exposition solo en septembre dernier au Cabinet d'Amateur, Bault a bien volontiers accepté de répondre à quelques questions.


 

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–  Que fais-tu dans la vie ?
Je suis graphiste / artiste et je peins sur les murs.

 

–  Quand as-tu commencé à peindre ou à coller tes personnages dans la rue ?
J'ai commencé à peindre quand j'étais dans le Sud, à Sète en 97-98, les trains, les toits... un vrai défouloir, essentiellement du vandale. J'ai arrêté pendant longtemps et je m’y suis remis, à Paris, il y a 2 ans avec d'autres perspectives. Mais ça ne m'a jamais vraiment quitté, j'ai toujours fait 2-3 tags, 2-3 dessins. On ne quitte jamais vraiment le mouvement. Là, ça fait deux ans où vraiment je fais ça à cent pour cent. Le but, c'est de rencontrer le plus de gens possible. Je commence à connaître un petit réseau de graffeurs que j'aime bien. Cela fait vraiment 6 mois où c'est pleine bourre.



La-Seyne-sur-Mer - Le Mur de Toulon / L’impasse - 2013


 

 

chienvache_.jpg –  Ton site est un compte TumblR, pourquoi ce choix ? Voulais-tu ne rien dire de toi et de ce que tu crées ? Tu ne légendes pas ce que tu fais et tu ne rien dis de toi...
Oui, effectivement, il n'y avait pas grand chose sur internet mais je fais des progrès. J'utilise Tumblr et Instagram parce que c'est rapide, instantané. Je suis sur place et je publie direct. Il y a toute une partie de com que je refusais de faire parce que j'estimais que c'était une perte de temps. Maintenant, j'ai un Facebook que j'essaye de mettre à jour régulièrement, c'est un peu flippant mais tout passe par là aujourd'hui. Il est évident que ça ouvre des portes mais ça reste toujours un outil un peu anxiogène pour moi, on y déverse quotidiennement un flux d'inepties assez considérable.

 



obama.jpg–  J'ai vu que tu as participé au projet combo pour être affiché à Los Angeles.
Oui, il m'a contacté il y a quelques mois. J'avais déjà entendu parler de sa fresque sur les Femen au bord du canal. Cela s'est fait assez naturellement, deux jours après l'envoi du fichier, c'était dans les rues de Los Angeles. Cela a été une collab’ sympa mais le gars je ne le connais pas et je ne l'ai jamais croisé.

 

–  Bestiaire onirique et inquiétant ou humains atrophiés, penses-tu qu'il soit nécessaire de construire des images fortes pour interpeler les gens ?
Des images fortes, sûrement. Mais c'est plutôt faire des images différentes qui est important. L'image du « monstrueux », c'est une collection que j'étoffe depuis des années, c'est un travail sur le corps, le culte de la beauté, la tyrannie de l'uniformisation, le spectacle, la consommation, ce sont finalement des problématiques très contemporaines.

J'ai été graphiste dans une grosse boîte pendant plusieurs années avec tout ce qui va avec : open space, hiérarchie verticale, chargés de com décervelés, collègues insipides, égos surdimensionnés et commerciaux puants. C'est dans ce genre d'environnement que tu te dis que l'humanité est foutue. Je reniais finalement tous les idéaux qui étaient les miens, j'étais une pute parmi les putes. Le stress m'a bouffé et au bout d'un moment j'ai dit stop. Cette série, je l’ai faite pendant cette période-là et ce sont des travaux de graphiste avant d'être du street art. J'ai fait ça pour purger la violence que je ressentais.

 

 

  renard. jpg –  Tes dessins oscillent entre caricatures et gravures d’une grande précision. Qu’est-ce qui nourrit ton imagination pour réussir à couvrir cette gamme d’expression ?
Déjà j’ai cette envie, il faut que je dessine régulièrement, c'est vital. Quand je n’ai pas peint dans la journée ou dans la semaine cela devient vraiment un besoin. Ce qui nourrit mes influences ce sont les copains, les collaborations, la quotidienneté... Quand tu travailles sur un mur, tu travailles avec des gens, tu regardes comment ils bossent : chacun a sa façon de poser les trucs dans l’espace. Tu apprends et ça te permet de développer des techniques. Il y a des artistes que j’adore, que je suis, mais je n’ai pas d’artiste préféré.

Il y a une série de dessins dans l’expo où le début est très académique voire réaliste et travaillé et je finis mon dessin en laissant beaucoup de respiration et en mettant des éléments très bruts quasiment du dessin d’enfant où je laisse aller mon trait. Pour cette nouvelle série, j’essaye de changer les techniques. J’aime bien aussi les écritures automatiques… Après les influences, ce sont les rencontres, les voyages, un peu tout.


 

chienmort_.jpg  –  On retrouve de façon récurrente le thème du masque, des apparences, de la mort. Est-ce que c’est ta vision du monde dans lequel nous vivons ?
Je suis très pessimiste en fait mais un pessimiste joyeux. Je pense que l’homme n’est foncièrement pas un être bon : il y en a toujours un qui essaye de bouffer l’autre que ce soit dans le graffiti ou ailleurs et c’est vrai que dessiner des petites fleurs et des petits poneys mignons, enfin dessiner des choses qui pourraient séduire tout le monde et faire l’unanimité, je ne veux pas faire ça, je ne peux pas.

 

–  L’humanité d’accord, mais mêmes tes animaux ont des masques…
Oui, l'animal est juste un prétexte pour figurer le monde. Le masque c'est avant tout pour parler d'apparence, de ce que l'on donne à voir à l'autre, du personnage social que chacun façonne pour cacher sa propre vulnérabilité.


 

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–  Ta série de Freaks était très impactante, on ne pouvait pas ne pas les voir…
Oui, tu parles de ma série de collages, tu vois, ce qui me dérange c’est que c’était de la photocopie.

J'ai rencontré Kashink à ce moment-là, on n'a pas mal parlé de ça, elle fait tout à la main et c'est clair que ça a une saveur différente. Un beau collage fait main, ça a plus de gueule qu’un mec qui va photocopier 4 kilomètres de dessins et qui en met partout. Bon après, il y a des trucs très bien mais ce n’est pas le même boulot. C’était bien de l'avoir fait car l'impact est important à Paris mais artistiquement, coller des affiches, des photocopies… la démarche n’est pas super sexy, je trouve.


 

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–  Justement tu parlais de Kashink, vous avez fait une fresque au Bloc ensemble… qui a eu l’idée de cette collaboration ?
En fait, le Bloc, c’est ANTI, qui nous a invités pour les portes ouvertes. C’est un mec qui fait plein de trucs, de la sculpture, des bas-reliefs. On a repeint le même couloir, Kashink et moi, on a sympathisé. Un mec voulait peindre un bar de 15 mètres de long, et du coup on s’est dit qu’on allait le faire ensemble. On a fait un personnage chacun, elle une tête, moi, un perso et on a fait une brochette de freaks et étrangement nos deux styles se mariaient bien. Du coup, on s’est dit que c’était cool et on a recommencé place Fréhel la semaine d’après.

 


–  Qui est Emilla ?
C’est une amie. Elle est japonaise, et comme tous les Japonais, elle a ce charme insondable, ce petit truc qui t'amène ailleurs. On dessinait souvent ensemble, on a fait quelques fresques, on a collaboré un petit moment.

  

–  Que peux-tu nous dire de ce dessin ?


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C’est un personnage, un culturiste à petite tête, microcéphale, unijambiste, qui chevauche une murène éléphant qui elle-même est suivie par un éléphanteau guppy. Et tu vas sans doute me demander pourquoi et je te répondrai : je ne sais pas trop. En tous cas, ce dessin regroupe divers thèmes : le thème du culturiste, la protéine, le culte du corps, le monstre, le handicap... A chacun de faire sa sauce avec ça.


 

–  Tu viens de faire le vernissage de ta première expo solo sous le nom de Bault au cabinet d’amateur. Est-ce que tu as été surpris par la réaction des gens ?
J’ai été surpris par l’accueil : beaucoup de retours positifs. Je pense que les gens ont été un peu désappointés en arrivant sur le lieu d’exposition parce qu’on ne retrouve pas exactement ce que je fais dans la rue, c’est juste du dessin, du petit format, il s’agit d'un travail sur papier. On retrouve  quelques éléments que je développe dans la rue mais traités d’une façon complètement différente. Je pense que cela a un peu déstabilisé les gens.  Cette expo m’a permis de sortir de nouvelles séries de dessins qui vont servir de base à mes nouvelles peintures.

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–  Tes projets ?
J'ai pas mal de demandes en ce moment, je suis dans une phase de production. Je suis en résidence dans une galerie tout le mois de décembre pour ça. Sinon en janvier, j'ai un super projet dans un ancien salin à côté de Montpellier et en mai le K-live à Sète. Pour les autres trucs, je ne peux pas trop en parler pour le moment, c'est en cours...

 

 

Vous pouvez retrouver l'univers de Bault et suivre son actualité sur son TumblR, sa page Facebook ou son compte Instagram.

  

Par Mcwp - Publié dans : Street Art
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Lundi 11 février 2013 1 11 /02 /Fév /2013 16:34

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Konny__.jpg   Vandalisme ou détournement ?

Par Mcwp - Publié dans : Street Art
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Lundi 4 février 2013 1 04 /02 /Fév /2013 16:44

Il y a longtemps que j'avais fait le lien entre les petits stickers signés d'une moustache et les personnages en noir et blanc qu'on pouvait croiser au détour d'une rue. Pourtant, je n'osais les aborder me disant que des artistes qui ont déjà leurs noms dans une encyclopédie en ligne avaient mieux à faire que de m'accorder une interview : je me trompais, ils ont accepté avec beaucoup de gentillesse.  
Voici Leo et Pipo et leurs surprenants fantômes de papier.


 

L&Pmoustachu   L&Psticker


Leo & Pipo, que faites-vous dans la vie ?

Leo –  On a tous les deux un boulot alimentaire, plus que plein temps d’ailleurs. Et on va coller quand il nous reste du temps.


Vous avez choisi de coller principalement des personnages anonymes des années 20: en quoi ces fantômes du passé ont-ils des choses à nous dire ?


L&PzouavePipo –  C’est simplement le témoignage d’une époque. Que ce soit les années 20 ou 30, nous avons juste fait un choix esthétique qui nous plaisait mais ils nous racontent ce que tout ancêtre raconte. C’est leur histoire, telle qu’on peut la voir grâce à la photo. On aperçoit des allures, des vêtements, des attitudes.

Leo –  Après, chacun se raconte des trucs selon ses souvenirs. Toutes ses photos, ce sont des anonymes. Nous ne faisons qu’ouvrir un album de famille, le proposer aux gens. Tout le monde y met un peu ses références, ses souvenirs. On n’indique pas grand-chose, c’est le spectateur qui l’interprète comme il veut.

–  Comme une suite de texte. On propose le début de scénario et chacun écrit la suite.

–  Ce n’est pas un discours du type « regardez, c’était mieux avant ». Nous, on ne considère pas ça comme passéiste. Il y a une nostalgie, une espèce de poésie mais le but ce n’est pas d’opposer ça au monde d’aujourd’hui. Après, comme dit Pipo, c’est très subjectif. Nous, on choisit ces gens pour leur charme, leur charisme, leur allure. C’est plus un choix esthétique qu’autre chose.

–  De toutes façons c’est une invitation à l’imaginaire donc il faut quand même qu’il y ait un espace temps qui se crée entre nous et le sujet. Plus les photos sont vieilles plus elles ont un impact. L’idée c’est de faire voyager le spectateur de la rue. 

–  C’est la famille de tout le monde. C’est une famille imaginaire et qui devient géante. Alors, quand on se balade dans Paris, qui est une ville un peu impersonnelle, on est contents parce qu’on croise tante Machin et cousine Truc. Mais c’est aussi ce qui se passe pour les gens quand ils sont sensibles à ce qu’ils voient et qu’ils prennent le temps de s’interroger face à nos personnages.

–  Oui et puis comme on veut suivre un style narratif, l’identification a besoin d’être forte. Donc si ça nous ressemble, ça ne marche pas. 

–  C’est pour cela qu’on colle des anonymes, qu’on reste anonymes, qu’on ne signe pas. Toute cette démarche est, d’une certaine manière, dédiée au spectateur.

–  C’est assez proche d’un numéro de magie, il ne faut pas connaître le truc.



mur

 

 

Les photos de ces personnages, vous les trouvez toujours dans des brocantes ?

–  On est obligés d’utiliser internet par rapport à la fréquence qu’on a.  Les amis, les archives personnelles c’était un peu la première étape. On a toujours des gens qui nous proposent des choses, et on chine aussi beaucoup dans les marchés aux puces… plutôt ceux à l’étranger d’ailleurs. Parce qu’ici, c’est cher ! Après on complète avec internet : les coups de cœur. Quand il y a des photos absolument géniales, on ne s’en prive pas.

Nous avons la chance d’avoir trouvé un réseau dédié à ce genre de photos. Nous, on aimait bien le côté personnel mais la quantité fait qu’on est obligés de s’aider par l’intermédiaire de gens qu’on ne connaît pas. Au début, on se permettait de répéter des figures mais maintenant chaque pièce est unique.



Comment s’est décidée votre première fois ?

–  Comme ça…  Mais il est vrai que nous avions fait beaucoup de musique avant. Cela faisait des années qu’on tournait autour de projets musicaux. Dès que Leo a eu le déclic de ce projet, ça a été comme une évidence  parce que ça faisait 3-4 ans qu’on tournait autour de choses inabouties et communes.

–  La base c’est le procédé technique, en fait. Je trouvais magique de pouvoir tirer une image en taille réelle. C’était très enfantin.  Et quand on a commencé, il n’y avait aucun développement théorique de ce qu’on allait faire.

–  C’est la synthèse de nos années d’échange, d’amitié, c’est la larve qui s’est transformé en papillon.

–  Au début, il n’y avait aucune volonté même de faire un projet, on s’est dit, on y va ce soir et si ça se trouve le lendemain on fera autre chose. Pour nous, l’avantage c’est qu’il était possible de faire des tirages maison puisque c’est de l’assemblage d’A4. 

–  En toute sincérité, le projet nous est tombé dessus comme ça. J’ai vraiment la sensation que cela s’est produit d’un jour à l’autre.

–  Oui, c’était vraiment ludique, on s’est dit : « qu’est-ce qu’on fait ce soir ?  C’est cool d’aller dans la rue trouver un mur, essayons ! »

D’ailleurs, on n’avait pas du tout les règles du milieu. On n’avait pas du tout la culture de la rue.

 

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Est-ce qu’on devient street artistes parce qu’on n’arrive pas à percer en tant que musiciens ?

–  Alors, on devient street artistes quand effectivement on a envie de s’exprimer d’une façon plus large sans passer par des intermédiaires. Mais nous avons tout fait pour fuir cette  dénomination. Jamais on ne s’est dit « on est street artistes ».

–  Je sais qu’on a fait un travail dans la rue, on a proposé un projet, une ligne mais en aucun cas je ne me sens défini par le titre de street artiste.

–  Non, c’est vrai. On n’est pas du tout dans cette communauté. Ce n’est pas du tout notre bagage culturel, ça nous est vraiment tombé dessus.

–  Nous, la seule chose qui nous intéresse, c’est d’avoir donné une existence à ce projet, donné vie à une ligne, à un univers. Après le street art, c’est le moyen de le faire. 

–  Mais ça n’a pas été un tremplin. On ne s’est pas dit, on fait de la musique, ça ne marche pas trop donc on va faire un coup de com’ pour revenir et vendre des CDs. Non, on commence le projet et ensuite on le considère comme quelque chose d’indépendant.

–  Pour revenir à des notions plus humaines, on a 25 ans d’amitié et des âges similaires. C’était aussi se trouver une activité : qu’est-ce qu’on fait ensemble ? Qu’est-ce qu’on partage ensemble ? Qu’est-ce qu’on fait qui nous emballe ? Ce n’est pas plus évolué que ça.

–  Franchement, c’est assez primaire, assez instinctif. C’est après qu’on met des mots dessus et qu’on peaufine.

 

 

Dans la vidéo « Ghost Paper » on sent une certaine tension : avez-vous déjà eu des ennuis ?

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–  Rien de méchant. On travaille de manière tellement discrète, il y a eu des petites bricoles mais rien de bien sérieux.  Mais oui, en effet, il y a une tension. Quand on travaille, on est aux aguets, on n’aime pas trop le contact avec le spectateur. Quand on fait des photos ou quand on nous questionne, ce n’est jamais nous. On veut rester dans le processus tour de magie, qu’il n’y ait pas le cheminement laborieux, les mains dans la colle. On a toujours évité de se faire voir.

–  Oui, il y a une tension, déjà celle de la réussite d’une sortie. On s’investit sur un projet, sur cette nuit-là, il faut qu’il y ait une réussite. Parce qu’il y a des gros flops aussi. Des heures et des heures pour ne rien faire.

–  Parfois on préfère prendre la nuit pour ne faire que quelques poses. Parce qu’on a en tête un cahier des charges assez précis. On a des critères. On ne va pas sur le premier mur de Paris pour avoir de la visibilité, au contraire. On travaille avec une carte, quitte à s’éloigner. Il y a des poses de Leo et Pipo qui n’ont jamais été vues, enfin, vues par les locaux mais pas par la sphère internet. 

Nous, c’est toujours, le beau mur, le recul, une figure qui s’harmonise dans un cadre. C’est un peu notre manière de créer qui fait qu’il y a une tension.

–  Une tension du travail en tant que tel. Ce n’est pas intéressant à décrire mais c’est des heures à tourner, à se déplacer. Un travail ingrat : les mains au sol, dans la pisse, c’est ça aussi…

–  Et puis la tension de la discrétion. Cela se voit dans la vidéo, on est hyper maniaques là-dessus. Aussi, on colle principalement la nuit.

 

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Avez-vous développé des lieux de prédilection depuis ces dernières années ?

–  La zone qu’on a bien aimé par rapport à beaucoup d’artistes parisiens, c’est la banlieue. Nos nouvelles zones, ce sont celles-là. On a 60 villes sur plus de 200. On aimerait bien continuer sur la banlieue. Mais quand tu dois faire 30 km pour aller dans la ville et que tu dois en faire3-4 de plus dans la nuit et trouver tous les spots de cette ville, c’est là où ça devient vraiment extrême.

–  Mais gratifiant ! On est super contents de s’adresser à ces gens-là. Parce que sinon ça reste des parisiens qui s’adressent à des parisiens. Je suis banlieusard et j’ai généralement une réaction bien plus positive et enthousiaste que le parisien qui connaît ou a l’impression de connaître. 

Pour le banlieusard c’est vraiment un cadeau. 

–  On se projette nous-mêmes par rapport à ça parce qu’on vient de banlieue. On sait l’effet que ça nous aurait fait de voir un travail comme celui-là. On aurait apprécié, et nos potes aussi. C’est par projection qu’on fait ça.


Est-ce que vous allez toujours coller ensemble ?

–  Pas forcément, maintenant on répartit plus les actions. On ajuste nos sorties, on n’a pas forcément envie de retourner aux mêmes endroits. On colle de manière hebdomadaire mais ce n’est plus le même volume non plus.

–  Ça nous est arrivé de dispatcher : des envies différentes à un moment donné. Une fois qu’on s’est fait 100 % confiance sur la manière de poser et qu’on sait que ce sera aussi réussi qu’avec l’autre, là on se laisse un peu de champ libre. On se dédouble, on dédouble les cellules créatives.


L&PpanneauVous avez imprimé des stickers qui vous servent de signature en même temps que les premiers personnages et plus récemment d’autres encore que vous collez sur les panneaux de signalisation à la façon de CLET. Vous en êtes vous inspiré ?

–  Je pense qu’on l’a fait avant que lui n’arrive sur Paris. Je pense qu’il était connu en Italie mais nous, on ne le connaissait pas. Le sticker, c’était une idée ludique, pour faire simple. Les stickers en forme de têtes sont arrivés plus tard. Mais il n’y a pas eu de décalage. Quand on a commencé à travailler nos figures taille réelle, en parallèle on a tout de suite utilisé les stickers pour signer. C’était un rappel, avec toujours les silhouettes à l’ancienne. Et vu qu’on ne signait pas, au début je pense que c’est grâce à ça que les gens ont mis un nom sur notre boulot.

 

Même si ce n’était pas au même endroit…

–  C’est vrai que c’était farfelu comme projet. Nous-mêmes on a du mal à faire le lien. Cela nous paraît évident maintenant mais il n’en était rien. Mais ça a marché.

–  Ne pas signer, c’était bizarre 

–  Et prétendre signer par un sticker qui allait faire un rappel de la figure, c’était abracadabrant mais c’est le seul moyen qu’on avait. C’était une ficelle. Il y avait peu de chance que ça puisse passer et c’est passé.

–  Pour nous, signer c’était hors de question. Pour nous, ça tuait la magie. On n’était pas là pour labelliser un truc dans la rue. Ce n’est pas dans notre démarche. Il fallait que ce soit libre.

–  J’ai vu des œuvres de street art avec des sites internet, avec des numéros de téléphone. Cela ne nous correspondait pas alors on a essayé de créer ce dédoublement avec le sticker mais on y croyait à peine, on en rêvait, mais les gens bizarrement on fait le lien.



430919 10151276389124726 573636680 nActuellement, y a-t-il d’autres artistes dont vous appréciez le travail?

–  En ce moment, pas grand-chose. On n’a pas de potes dans le milieu, on n’a jamais collaboré. On a toujours un peu refusé les rencontres. On aime bien travailler de manière indépendante. Et puis, moi, je n’aime pas quand on colle les uns à côté des autres, je ne trouve pas ça clair. On se concentre sur un mur qu’on a déniché et sur lequel il n’y a personne. On ne va jamais sur les murs consacrés. Après quand on découvre des murs les gens viennent, ça c’est autre chose. Mais nous, on a toujours prôné notre indépendance.

–  Et les street artistes qui m’ont tapé dans l’œil, en ce qui me concerne, c’est toujours plus des graffeurs. Mais à l’heure actuelle il n’y a rien qui m’ait tapé dans l’œil. 

–  Nous, les mecs qui nous ont stimulé, c’était les mecs de l’âge d’or : les O’clock, Comer, etc.

–  Après il y a plein de noms à citer sur des gens contemporains mais ça n’est pas très utile. Mais dans le street art pur, il n’y a rien, moi, qui me botte en ce moment. Je ne vois rien qui me stimule.

–  Moi, il n’y a rien qui me transcende non plus. Ce n’est pas prétentieux de dire ça, tout le monde a ses propres goûts.


 

Vous connaissez Plonk et Replonk qui utilisent de vieilles photos en les détournant ?

La-Sellerie-Remoulade.jpeg–  Non, ça ne nous dit rien. Ça a l’air bien en tous cas. On va s’y intéresser. Effectivement, ça se rapproche de ce qu’on fait. Je trouve que ça participe de la même idée que nous finalement, redonner un sens et une direction à ces images anciennes, les faire parler d’une autre manière. Trouver un sens à ces photos énigmatiques. 

–  Nous sommes très attachés au côté anonyme, famille – au-delà des photos de famille. 

Les choses qu’on adorait avant même de commencer c’était les films de famille. Moi, j’avais suivi un cours là-dessus qui m’avait pas mal interpellé et ce qui est génial dans les films de famille, c’est que ça n’intéresse personne mais qu’en fait c’est le début d’une possibilité d’imaginaire sans fin. Moi, je pourrais aller voir des films de famille au cinéma. Je trouve que ça raconte tellement de choses. C’est comme l’émission strip-tease, ça paraît anecdotique mais ça raconte de vrais romans. On trouve qu’une photo a cette capacité. C’est le point de départ de quelque chose. Ce qu’on veut, c’est se plonger dans cet imaginaire.


 

 

Qu’allez-vous faire des portraits imaginaires* que vous avez commencés sur FlickR ?

 

8029266139_46c0e061d6_n.jpg  Leo & Pipo, by Dehfolt Sister

 

L –  Ce sont des artistes qui nous plaisent et qu’on connaît via internet. On leur propose le défi et il se trouve qu’ils jouent le jeu presque à chaque fois.Nous n’avons pas du tout communiqué dessus pour le moment. Le but c’est d’organiser une exposition. Nous avons toujours fait des portraits par nous-mêmes, le côté masqué, pour amener un peu de fantaisie. (…) En fait, ces portraits c’est une façon de décliner ce qu’on fait dans la rue. Une fois de plus ce n’était pas très intellectualisé mais c’est stimulant. 

–  Notre volonté narrative se traduit par cette manière de raconter quelque chose différemment - même si c’est toujours la même base. Les autres artistes étendent l’univers et les possibilités du récit imaginaire.

–  Une fois de plus, quand on a commencé on n’avait pas de réelle vision. Maintenant, on voit qu’on a un beau catalogue de portraits dont une bonne moitié qu’on aime beaucoup. Et je pense que tout le monde jouera le jeu quand il faudra rassembler les œuvres originales. Ça, c’est maintenant qu’on y pense. Au début, c’était partager, voir comment les gens pouvaient partir sur quelque chose autour de notre univers. Et à chaque fois les artistes étaient stimulés et ça c’est génial.

–  Avant d’entamer un projet, il est rare qu’on le décrypte avant même de l’avoir commencé. On est dans l’action et la création donc c’est toujours un peu brut et instinctif. Après si on arrive à décanter quelque chose d’intellectuel, on le fait. On n’est pas des artistes mais on est assez créatifs. 

–  On n’a pas de formation ni de métier lié à l’Art. On fait ça comme on réparerait une bécane, c’est très instinctif.


 


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Qui joue de la flûte ?

–  On ne joue pas de la flûte mais on sait jouer de 2-3 instruments vaguement. Sinon par rapport au nom ce serait plutôt moi. Je joue un peu d’harmonica pour être franc.

  

Pourquoi les pseudos de Leo et Pipo ?

–  Nos pseudos sont très proches de nos vrais prénoms. Ce sont des diminutifs un peu rigolos qui allaient bien ensemble.

–  Quand on a commencé ce projet on cherchait un nom, après on a juste associé nos prénoms d’origine. Naturellement j’ai pu me faire appeler Pipo dans le passé et lui Leo mais l’idée de les associer ne nous est pas venue tout de suite.


Et le symbole de la moustache ?

L&PstickerRueP –  Je pense qu’aujourd’hui on va vite s’en défaire parce que c’est devenu une espèce d’appendice assez branché.

–  On trouvait qu’il y avait un clin d’œil à l’époque. On a posé beaucoup de dandies... et en fait, quand on a commencé, c’était un choix graphique, c’était juste une manière de souligner notre logo. 

–  Très vite on a senti cette mode venir (et qui sera bientôt fini) et pas sûr qu’on communique encore longtemps avec la moustache. Je ne pense pas que ça va rester.


Votre plat préféré ?

–  Le bœuf bourguignon.

–  Moi, ce que je préfère c’est la bouffe grecque, la cuisine grecque en général. Tout me va.


 

Vos objectifs maintenant ?

–  Ce qui peut nous stimuler dans l’avenir, c’est de faire d’autres choses. On aime bien que cela reste ludique.  Décliner cet état d’esprit à d’autres choses. Si on peut changer d’activité tous les ans, on sera ravis.

–  Mais l’autre objectif, c’est fortifier notre univers. C’est d’aller plus loin dans le côté narratif et installer un panorama imaginaire.

–  Développer la narration autour de nos personnages qu’on a commencé à nommer, à personnaliser. Là, il y en a tellement, c’est un peu informe. Ce qu’on commence à faire maintenant c’est tous les nommer, leur donner un âge, une origine, une profession pour créer notre annuaire Leo et Pipo. Toujours dans cette optique de raconter des histoires.

–  C’est ça… on aimerait aller plus loin que le mur et le street art et matérialiser…

–  Après le côté galeries, on ne s’y consacre pas beaucoup tout simplement. On a évidemment des envies, des idées, des pièces, mais on ne s’y consacre pas. Et ce n’est pas ce qui nous intéresse, qui nous stimule pour le moment. Peut-être qu’il y aura un déclic, on n’en sait rien mais comme on le disait tout à l’heure avec la musique, on n’utilise pas la rue comme un tremplin pour être dans un Musée, pas du tout. Pour nous, la rue, c’est la rue. 


LeoetPipobyMcwp.jpg

 

–  Nous, notre but, c’est de partager quelque chose. On est dans la projection. On aurait bien aimé qu’il y ait un projet comme ça quand on était plus jeunes et y participer. Et nous, c’est ce qu’on propose. 

–  Pareil avec les portraits imaginaires et les artistes des quatre coins du monde. On trouvait génial de se mettre en retrait par rapport à ça. On trouvait plus intéressant d’être nous-mêmes les commissaires d’expo d’un projet plutôt que d’être les exposés. C’est dans l’idée d’essayer autre chose. Les T-shirts, c’est aussi le côté tout faire de A à Z, qui nous plaisait. C’est une démarche qu’on aime bien.

–  Aujourd’hui ce qui nous manque, c’est un peu plus de souffle dans le budget et dans le temps pour pouvoir nous investir sur des projets plus importants, plus ambitieux. Et aller plus au cœur de nos ambitions réelles.

–  C’est le temps souvent qui manque, c’est un équilibre à trouver. On n’a jamais décroché le téléphone autour de notre association, on n’a pas le temps. On préfère garder ce temps pour autre chose, de plus ludique.


 

Et vos projets ?

–  On a un projet autour de Dunkerque, c’est assez sympa parce qu’on va avoir accès aux fonds photographiques de la ville. Ils nous ont mis en relation avec une université et une maison de retraite. On va pouvoir sélectionner des photos en rapport avec la région et on aura un peu quartier libre dans certaines zones pour un nombre de figures.

–  … pour officiellement coller des figures Leo et Pipo dans une ville, de manière légale. Là, ça aura quand même véritablement un sens puisque ce sont les archives de la ville. On va coller des ancêtres. 

–  Et ça, quand on peut le faire, on le fait : mettre en relation une figure avec un vrai lieu. 

Sinon il y a plein de petits projets mais Dunkerque, ça va être un gros morceau je pense.

–  Après, les projets et les envie ne manquent pas. On verra en temps voulu…

 

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Rue Ste Cécile (photo by Leo & Pipo)

 

 

 

Pour plus de détails, vous pouvez aller sur leur page Facebook, leur compte my_space et sur leur compte Flickr.

 

Par Mcwp - Publié dans : Street Art
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Vendredi 11 janvier 2013 5 11 /01 /Jan /2013 11:23

Après l'apparition de masques très colorés dans plusieurs endroits de la capitale, il fallut bien se mettre en quête de l'auteur, femme de conviction aux multiples talents cachée derrière une large casquette. Rendez-vous fut pris un soir de pluie dans son quartier de prédilection.


 

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– BauBô, que fais-tu dans la vie ?

En grande partie je fais ça, de l’artistique, sinon de l’intérim pour remplir le frigo.

 

 

– Pourquoi as-tu choisi ce pseudo issu de la mythologie ?

 

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Baubô est la déesse du ventre ou déesse des rires obscènes. Baubô est la déesse qui parvient à faire rire Déméter, déesse de l'agriculture et des moissons, déprimée, partie à la recherche de sa fille. Elle a les yeux à la place des seins, la bouche à la place du sexe. Lors de leur rencontre, et alors que Démeter néglige les récoltes qui meurent, elle lui raconte une blague salace. Celle-ci éclate de rire, en oublie sa tristesse et permet à la nature de renaître. J’ai trouvé ça symboliquement extrêmement fort. C’est un symbole féminin et c’est dans la continuité des thèmes sur lesquels je travaille.

J’ai lu un conte sur cette BauBô  dans le livre de Clarissa Pinkola Estés ,"Femmes qui courent avec les loups". C’est un livre passionnant sur la femme sauvage. Clarissa Pinkola Estés est conteuse et psychanalyste.

 

– C’est le pseudo que tu as pris dès le départ ?

Non, j’ai fait plusieurs tentatives mais c’est celui qui me colle à la peau.

 

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– Tu utilises différents moyens d’expression, quel est celui qui te correspond le mieux ?

Je travaille sur trois domaines : j’écris des textes que je slame et que je mets aussi en musique, je danse et m’entraîne tous les jours en hip-hop et bien sûr l’art plastique.  Aucun de ces trois modes d’expression n’a ma faveur. Tout est complémentaire. Quand je n’ai pas d’inspiration en art plastique, j’écris, sinon je vais danser ; je ne suis jamais dans l’ennui. Je ne suis jamais devant un mur blanc ou une page blanche. L’un nourrit l’autre et l’ensemble me nourrit complètement. 

 

– Et en terme de fréquence ?

L’art plastique est ce qui m’occupe le plus souvent en ce moment, car je fais ça chez moi. Mais je danse 5 fois par semaine et à peu près 2 heures par jour. L’écriture c’est fluctuant, je vais écrire beaucoup pendant 2 mois et ensuite je vais cesser. Il n’y a pas de retour particulier à cela sauf un livre qui n’a pas grand rapport et qui a été publié. C’est un recueil de lettres délirantes au Maire de Paris pour avoir un Hlm. Je les ai envoyées à une journaliste qui les a trouvées très drôles et ça s’est retrouvé en page 3 du journal Le Monde. Ça s’appelle « Complainte pour un HLM ». Mais je n’ai pas encore fait de recueil avec mes textes mais on peut les lire sur mon blog.



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– Dans la rue, on te connait pour des masques multicolores collés sur les murs. Y-a-t-il un rapport avec les masques de catch ?

Je ne suis pas partie des masques de catch mexicain mais des masques de l’opéra chinois, j’ai cherché des informations et ai vu des masques magnifiques que j’ai adorés. J’ai aussi vu des reportages, ensuite j’ai décliné sur cette inspiration.

 

– En quoi est-ce que ces masques t’ont touchée ?

Au départ, l’envie de faire ces masques était une sensation assez physique. Après, pour moi, ça représente le féminin qui observe. J’ai fait toute cette série là en me disant qu’avant d’être actif, on observe. J’ai essayé de mettre en valeur le féminin en le positionnant ainsi. Avant de pouvoir trouver sa place souvent on se demande où on va, comment prendre sa place. C’est aussi ça les masques pour moi et particulièrement quand je les place dans la rue. C’est pour faire descendre le féminin dans la rue et qu’il  prenne sa place dans le monde. Ça a toujours été ça l’idée... Pour dire, le féminin est là et ce n’est pas une sous-catégorie, il est là et il vous regarde.

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– Quand on regarde tes masques, on peut ne pas voir le rapport que tu as mis au féminin…

Moi, je travaille sur un thème mais les utérus qui sont représentés dans les masques tu les vois à peine. Il faut vraiment savoir à quoi ils ressemblent et imaginer qu’il puisse y avoir des motifs cachés. Pour les découvrir, c’est en deuxième lecture. J’aime cette idée qu’on ne les voie pas tout de suite, car souvent on dévalorise le féminin sans le dire vraiment. On nous le fait comprendre, on le boit pendant 20 ans quand on est des filles et on l’intègre bien. L’idée de cacher le féminin dans les masques c’est un moyen de parler de lui d’une façon subliminale, pour rappeler qu’il est là. Vous ne le voyez pas… mais il est là !

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soubidoubyBaubo.JPG– Beaucoup de tes créations comme celles en en scoubidous ont un rapport au jeu, qu’est-ce que cela représente pour toi ?

Dans les recherches que j’ai faites sur le féminin, je me suis rendu compte qu’on responsabilise les petites filles, voire on les sur-responsabilise très jeunes. Elles comprennent qu’elles doivent s’occuper des hommes et plus tard, de la famille. On leur demande d’être jolies, calmes et posées alors que les petits garçons continuent à jouer. Le problème c’est qu’un enfant se construit par le jeu. C’est comme ça qu’on comprend qui on est, quelle est sa place dans l’espace et dans le monde. Les petites filles arrêtent de jouer pour s’occuper des autres. Comment parvenir ainsi à trouver sa place dans le monde, avoir confiance en soi, savoir qui on est, physiquement connaître son corps ?

Par exemple, quand  je danse avec mon fils lors de nos entraînements (il est de la génération des mangas), je vois bien qu’il ne bouge pas de la même manière, qu’il occupe l’espace avec son corps, ses bras. Moi si j’essaie, je suis ridicule. En fait, ce n’est pas tant que nous ne sommes pas de la même génération, c’est surtout que je n’ai pas joué étant petite à occuper l’espace avec mes bras. Et donc je ne sais pas faire. Je ne sais pas me situer dans l’espace parce que je n’ai pas joué, je n’ai pas ces acquis. J’ai commencé la danse il y a peu. Je n’ai pas fait de danse auparavant hormis un peu de salsa. Je ne m’en donnais pas le droit. Alors on regarde tout ça, rétrospectivement.

Souvent, dans les parcs, on voit les pères jouer au ballon ou à n’importe quoi avec leurs enfants alors que les mères n’osent pas. Comme si ce n’était pas permis, comme si elles devaient toujours être sérieuses, toujours responsables. 

Du coup, je me suis dit, il faut réapprendre à jouer. 

Moi, j’ai réappris à jouer et ça n’a pas été simple parce qu’il y a une notion de mérite. Jouer juste pour le plaisir, ce n’est pas évident  quand on a oublié et qu'il y a eu tant d'interdits.

J’ai travaillé là-dessus, j’ai gardé ce symbole de l’utérus et puis je suis allée chercher des scoubidous qui représentent vraiment un côté ludique. Et puis j’ai fait des recherches pour de nouveaux collages avec utérus Tétris versus Pacman.

 


– Est-ce que cette nouvelle série est une rupture avec le reste et en quoi était-elle nécessaire ?

Pour moi, il n’y a pas de rupture parce que je vais encore continuer avec les masques. J’arrêterai quand je ne sentirai plus le truc. Et pour l’instant ça va. 

P1010506.JPGJ’ai commencé à coller cette nouvelle série il y a un mois. Au début, je n’ai pas mis les photos sur internet parce que je trouvais l’idée peu intéressante… comme toujours. Mais mon fils l’a trouvé super alors ça m’a convaincue. Je prends toujours en compte son avis.

Je trouvais le concept très rigolo : ça parle des jeux vidéos qu’on connaît tous maintenant. Donc il y a ce côté extrêmement ludique…

J’avais fait de petites peintures avec Pacman qui poursuivait un Tétris utérus quand je travaillais chez moi sur le jeu mais je me disais que ce n’était pas très intéressant sur une toile. Du coup je me suis dit que ça serait bien mieux dans la rue, que cela aurait plus de sens. 

Alors je suis allée mettre dans la rue cette idée de Pacman, le grand méchant masculin qui veut absolument manger le féminin et prendre toute la place. Ce symbole du masculin est soi-disant universel. Le féminin n’est pas universel, pour le coup, il est spécifique et il va batailler pour être reconnu comme valeur humaine autant que le masculin. Je précise que, pour moi, ce sont les valeurs dites masculines ou féminines telles qu’elles sont codifiées dans la société. 

Pour moi, les masques et les Pacmans sont deux directions différentes. Les masques, c’est le féminin qui descend dans la rue, c’est la première démarche et ça n’a pas été évident pour moi. J’ai fait pas mal de démarche avant de réussir cette prise de la rue en tant qu’artiste, en tant qu’être humain et en tant que féminin. Il a fallu que je cherche, j’observe, où j’ai envie de me poser, à quel endroit. 

Je me sens à l’aise maintenant, je prends vraiment le temps d’installer les masques comme j’en ai envie. J’imagine que la suite logique c’est : je peux parler, je peux m’amuser… c’est peut-être ça. Quand j’ai commencé à pouvoir installer les masques comme je le voulais j’avais vraiment des sensations très agréables, ludiques… c’est arrivé comme ça. 


 

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– Que peux-tu nous dire de ce collage ?


C’était le premier de la série, une première tentative très stressante. C’était un dimanche matin dans le marais, dans un coin où je n’étais jamais allée. Je me suis retrouvée dans un quartier que je connaissais peu et qui est piétonnier le dimanche. Il y avait un monde incroyable auquel je ne m’attendais pas. J’ai bien aimé l’endroit où j’ai placé le collage mais je ne savais pas du tout si j’étais convaincue ou pas. Et au final, j’aime bien.

 

– Le carré noir c’est un trou sur le mur ?

Oui, c’est une grille. C’est un peu comme les masques au début, je ne sais pas encore comment les installer ou les placer.

J’avais besoin d’une sorte de support géométrique pour les faire tourner autour, pour définir un chemin pour le Pacman pour qu’il ne trouve pas tout de suite le féminin. Mais le but c’est qu’il ne le mange pas…

Là, c’est le premier mais au fur et à mesure j’ai ajouté des Tétris. J’en ai mis une dizaine pour que le Pacman aie une overdose et qu’il finisse par accepter qu’ils existent. Les différents féminins sont symbolisés de différentes couleurs. Ce n’est pas juste un truc en bloc mais un féminin multiple. Pacman va-t-il arriver à dévorer tout ça ou bien va-t-il céder la moitié de la place dont il dispose ?

 

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– Si tu ne devais donner qu’un seul message à travers toutes tes créations, quel serait-il ?

Pour être un être humain accompli il faut avoir accès à toutes les valeurs humaines.

En dévaloriser certaines par rapport à d’autres nous rend tous incomplets, hommes et femmes. 

Je travaille sur ce principe. Je pense qu’une humanité, un monde, ne peut tourner que si les êtres humains sont complets, là ils ne le sont pas et on voit ce que cela donne.


 

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– Quels sont tes projets ?

Mes projets sont surtout dans la production. Je viens juste de commencer cette série Pacman versus Tétris que je vais développer. Là, je travaille aussi sur une troisième série que je mets en place chez moi et qui nécessite des découpages sur plastique qu’il faut que je fabrique. Je vais faire ça pendant tout l’hiver pour espérer les coller à partir de mars-avril. 

A côté, j’ai mes réalisations « indoor » comme les scoubidous qu’il faut que j’avance. J’ai aussi des projets de danse hiphop avec mon fils et ça avance bien. Quant à l’écriture, je suis sur des scènes slam régulièrement. En général, tous les lundi au Downtown car il y a une bonne scène, bien dynamique et bien sympathique, où je vais déclamer mes textes.

 

 

– Des projets avec des galeries ?

Que les galeries m’appellent ! (rires)

 

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Samedi 8 décembre 2012 6 08 /12 /Déc /2012 16:08

A l’occasion de son exposition solo au Cabinet d’Amateur qui vient de s’achever, le roi du paper-cut a accordé un peu de son précieux temps pour répondre à quelques questions. Retour sur l’incroyable découpeur de dentelle, Rubbish Cube.

 

 

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– Que fais-tu dans la vie ?

Je me consacre à mon activité artistique, tout simplement. Cela demande tellement de travail que je me consacre uniquement au travail artistique.

 

– Est-ce que tu connais d’autres personnes qui procèdent de la même façon que toi ?

Nous ne sommes pas beaucoup à faire du papier découpé et à coller dans la rue. Il y a une artiste américaine très célèbre qui s’appelle Swoon qui fait un peu de paper-cut et qui colle dans la rue. Mais on n’est absolument pas dans la même ligne artistique ni dans le même style de découpe, mais je crois qu’on est les seuls à faire ça. 

 

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– Est-ce qu’elle fait partie de tes influences ? 

Oui, elle en fait partie. Mes influences, dans le monde du street  art, il n’y en a pas beaucoup. Je préfère le monde du pop surréalisme et du Lowbrow art. Todd Schorr est une des figures de ce mouvement. C’est un courant artistique magnifique que j’apprécie beaucoup. C’est plutôt dans ce monde-là que je puise mes inspirations. Mais aussi dans certaines peintures et artistes de la renaissance comme Jérôme Bosch, et même Holbein Hans...

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Rubbish Fred

composition de collages avec Fred Le Chevalier

 

 

– Cette exposition au Cabinet d’Amateur représente combien d’heures de travail ?

rubbish.jpgJ’ai mis deux mois à réaliser cette expo, j’ai commencé mi-septembre. Jusqu’à deux jours avant de partir j’étais encore en train de travailler… en sachant qu’une pièce était déjà faite (le cœur avec les ailes). 

Quand je découpe, je mets trois couches de feuilles, donc je vais en sortir trois à la fois : une est destinée à être collée dans la rue, une est destinée à être vendue dans une galerie et une que je garde en général en archive. Mais je peux aussi la mettre en galerie, si on me la demande. 

Là, pour l’expo, il y a des pièces que j’ai doublées, comme La Vanité (grosse tête de mort avec les cornes), une autre que j’ai laissée telle quelle en papier découpé et punaisé sur un carton plume pour garder ce côté aérien et une autre petite pièce que j’ai doublée. C’est rare que je fasse comme cela mais j’étais un peu forcé car il fallait beaucoup de pièces.  

En général, j’essaye de créer des pièces opposées. Je découpe du papier blanc que je peins ensuite en noir. Je peux peindre une face ou l’autre, cela fait une petite différence en inversant  le sujet. Je peux aussi ajouter d’autres motifs ce qui rend la composition unique.

Par exemple, le cœur avec les ailes, il y a celui dans le quartier de la Butte aux cailles et celui présenté au Cabinet d’Amateur. Le troisième, j’avais pris un papier très fin, du papier de patron, trop fin à manipuler, ni pour coller ni pour quoi que ce soit alors qu’habituellement, c’est du papier kraft blanc.

 

– Pourquoi caches-tu des détails de découpe qui ne sont visibles que si on s’approche au plus près ? Par exemple, les détails dans le mégot de cigarette.


detailRubbish3.jpgC’est de la découpe cachée dans la découpe, oui. Cela permet d’avoir un détail fin et minutieux. Il faut que le spectateur vienne voir de près, d’autant que cette pièce je l’ai gravée aussi. Cette gravure dans le bois, il faut la voir de près, voire la toucher. 

Le sujet principal sera toujours noir parce que ça fonctionne en positif-négatif. Le paper-cut en blanc n’est pas lisible. C’est la transparence qui va faire en sorte que ça va ressortir. Inversé sur un fond noir, ça ne marche pas non plus ou alors un peu comme fait Swoon d’une façon moins découpée, moins fine. Mais moi, ce n’est pas possible il faut que ce soit noir ou une couleur assez foncée. Après, éventuellement, je rajoute de la couleur sur les motifs ou sur la cigarette. Des pointes de couleurs qui vont faire ressortir un peu plus la pièce. Mais le noir est une couleur qui me plaît beaucoup.

 

 

– Dans tes tableaux, la construction semble très importante et, outre le paper-cut en lui-même, tout prend sa place, du bois vieilli peint et gravé, aux coulures de couleurs différentes en passant par un papier de fond. Pourquoi avoir intégré du papier dont on fait les patrons de mode à tes tableaux ?

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Je n’ai pas de thème précis dans mon travail, ma ligne artistique reste encore assez vaste. Mais je vais m’inspirer de toutes les choses que je vais rencontrer dans la vie. Un livre, un mot, une phrase peuvent m’inspirer, le monde des rêves et même la mythologie souvent en lien avec la découpe ou le papier. Le patron, par exemple, c’est parce que ma compagne est costumière, il y a donc beaucoup de patrons à la maison. Et je trouvais que ça faisait, avec ces lignes, une belle texture de fond pour mes papiers découpés. J’aime la couleur du patron beige, un peu vieillot, et texturé. Mais les coulures sont dessous encore, ça marche en transparence. Je peins d’abord le bois, je fais les coulures, je colle le patron, je colle le paper-cut par-dessus. Il y a des endroits où je vais déchirer le patron pour laisser ressortir encore plus le blanc du support. Cela fonctionne vraiment en superpositions.


Si on se penche sur ce qui apparaît du patron, cela ressemble à un jeu de piste…

Exactement. Sur tous les patrons que je mets, il est écrit « cut » ou « cut1 ». J’en mets à chaque fois sur chaque pièce. Je vais trouver ce mot sur le patron et le positionner pour qu’il se retrouve sur la pièce. Ce n’est pas un hasard.

 

– Où a-t-on le plus de chance de trouver dans les rues tes collages ?

A Paris ! 

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Je n’ai pas de lieu de prédilection. Si ce n’est qu’au départ, les premiers que j’ai collés, c’était rue Amelot. Je voulais coller sept visages en paper-cut avec l’étiquette « The Paper-Cut Show by Rubbish » et je voulais tout mettre dans cette rue. Je savais qu’il y avait différents spots intéressants. Il se trouve que ce soir là, il a plu et c’était une vraie galère. On n’en a collé que deux. Le lendemain, j’en ai collé un troisième. Mais je voulais rester dans ce coin là.

Comme je ne connais pas Paris, quand on vient il faut aller en repérage. C’est souvent dans l’urgence parce qu’on ne reste que 2-3 jours. Il faut aller repérer pour trouver un mur qui aille avec le sujet, donc c’est difficile. 

 

– Un mur qui aille avec le sujet ? 

Comment dire… déjà vis-à-vis de la texture du mur, de sa couleur.  Il y a tout un choix à faire là-dessus.

 

 

– Tu fais le choix aussi par rapport à une position stratégique dans Paris ?

Au début, je marchais comme ça. En me disant, en bon débutant street artiste, je vais mettre mon paper-cut à un endroit où on va le voir le plus. Maintenant, je ne suis absolument plus dans cette optique. Je préfère un bon mur qui convient parfaitement, un peu vieillot comme j’aime et qu’il soit au fin fond de Paris dans une petite ruelle bien perdue ne me dérange absolument pas. Ceux qui voudront le voir iront de toutes manières. Mais après, c’est au feeling. C’est suivant l’avis des gens qui m’hébergent et qui me conseillent des endroits. C’est un peu au coup de cœur.


 

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Et en dehors de Paris ?

Rien pour le moment. Dans ma ville, à Besançon, j‘ai commencé le pochoir il y a 2-3 ans. Mais dans une petite ville, on a vite su qui était Rubbish. J’ai donc choisi de ne plus m’afficher à Besançon. Dans d’autres villes, je ferai peut-être quelque chose. Mais il se trouve que c’est à Paris que j’aime coller. Si je voyage ailleurs, peut-être, aussi.

 

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Les projets ?

Le méga projet qui m’attend, c’est Le Mur d’Oberkampf au mois de janvier. Là, c’est un projet énorme, un mur de 8 mètres par 3. Je pense faire le plus gros paper-cut du monde… J’ai 2 mois pour bosser comme un fou là-dessus. 

Sinon des collages dans la rue il y en aura mais je ne sais pas encore où. 

 

 

 

Retrouvez son univers sur son blog ou sur son compte Facebook.

 

Par Mcwp - Publié dans : Street Art
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Mercredi 21 novembre 2012 3 21 /11 /Nov /2012 18:49

 

« Ce n'est pas à nous de nous interroger sur une erreur d'interprétation mais bien à l'artiste d'assumer la responsabilité d'un message confus.»

*« Nous voulons rappeler que ce qui se passe dans le ventre des femmes n’a pas à être questionné par les hommes », source page Facebook SuperAvortement créée en opposition à la page Superfoetus.

 

Ces derniers temps, en réponse aux fœtus multicolores dessinés sur les trottoirs parisiens, quelques personnes sont venues les « toyer » - comprenez : peindre ou écrire par-dessus. Les Super fœtus créent la polémique.
Droit de réponse de l’auteur, Sébastien Lecca.



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–  Quand tu as commencé à peindre tes dessins de Super Fœtus dans les rues, est-ce que tu imaginais que tu allais choquer certaines personnes et qu’ils allaient être assimilés au discours pro-life ?

Quand j’ai commencé, j’ai trouvé que c’était une magnifique idée, un projet à la dimension éthique, un dénominateur commun pour chaque être humain. C’est un symbole universel  et ancestral, et c’est vraiment la première raison pour laquelle j’ai choisi ce sujet. 

Naturellement dès que j’ai eu cette idée, j’ai immédiatement fait le constat que cette image faisait aussi partie de l’imagerie des anti-IVG qui récupèrent et confondent tout : bébé, fœtus, embryons. Ils ont même récupéré pro-vie, deux mots qui sont pourtant si jolis. Alors ça m’a motivé d’autant plus pour le remettre dans la circulation et ne pas le laisser entre les mains d’un groupe pour une raison politique rétrograde. Ce symbole est au-delà, il est universel. Moi, je travaille dans ce sens-là. Le fait qu’il ait été récupéré, me motive d’autant plus pour le remettre à l’imaginaire de chacun.

 

–  Faire le tour de Paris pour aller taguer tes dessins montre l’importance que cela représente pour certaines personnes…

Elles ne sont pas très nombreuses celles qui font ça. 

Je suis entré en contact avec elles immédiatement en leur disant que ce fœtus célèbre la capacité de chacun à créer sa vie selon son désir le plus profond, donc célèbre le libre arbitre, donc celui des femmes. Naturellement, je n’ai pas dit au départ que ce fœtus est pro IVG, pro libre-arbitre, parce que ça devait s’induire. Mais je sais qu’il y a beaucoup de gens à qui il faut « tout expliquer » et qui confondent fœtus et embryon par exemple.

D’ailleurs, ces personnes qui m’attaquent déplorent le fait que ce soit un fœtus. Concrètement sur leur blog, il est écrit que ce fœtus est dangereux parce qu’il est représenté comme un petit bébé. C’est un fœtus à terme qui n’a plus rien à voir avec la loi sur l’IVG. Si on connaît un peu la loi on sait qu’elle concerne les embryons, plus les fœtus. Un fœtus à terme n’est  pas du tout concerné.

 

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Je suis entré en contact avec elles en leur disant, lisez ce que ça représente. Personnellement, je suis pro IVG. J’ai été élevé par une mère militante au planning familial qui faisait des entretiens IVG deux fois par semaine, et qui me racontait. Je suis assistant social depuis 10 ans. Ce n’est pas un gage d’intelligence  mais personnellement  j’ai pu construire une approche et une réflexion bien au-delà de la morale et aux antipodes de la culpabilité. Donc mon discours sur l’IVG est très clair. Je sais que c’est un phénomène normal, historique, qui existe depuis des siècles et des siècles. Il s’agit juste de lui donner un cadre digne, sanitaire, pour que cela puisse se réaliser en dehors des caves.

Ce fœtus en invitant à nous poser la question de qui nous sommes met de surcroît en mouvement notre capacité de création… donc il célèbre le libre arbitre et donc naturellement celui des femmes à disposer d’elles-mêmes. Il est pro IVG puisqu’il s’agit de la liberté absolue de chacun de faire ce qu’il veut  selon qui il est vraiment. Mais ce fœtus témoigne aussi de notre relation à la nature, aux animaux, aux plantes, à notre rapport à l’univers… Et là, je crois qu’à l’instar du fœtus, nous nous créons en permanence et qu’il y a urgence à se réveiller et à créer des solutions dans notre rapport à l’environnement.

 

 

–  Il n’y a pas de signe distinctif sur ton dessin donc on pourrait être amené à penser qu’il y a un rapport avec les anti-IVG…

3963b376b28f11e19894123138140d8c_7.jpgJ’ai croisé dernièrement une élue du XIXe arrondissement qui ne savait pas que c’était moi qui faisais les fœtus sur les trottoirs de Paris et qui pensait que c’était le travail de quelqu’un anti-IVG. Je lui ai répondu, tu marches sur un trottoir, sur la voie publique, dans Ton arrondissement, tu penses que ce que tu vois est fait par des anti-IVG et tu ne vas pas faire une main courante ? Tu ne portes pas plainte pour dégradation de la voie publique ? 

Je préfère autant que les gens qui sont persuadés que c’est un truc anti-IVG le détériore… maintenant ils peuvent aussi très rapidement me trouver. Quant aux 20-30% des gens qui se posent la question sans être choqués on peut leur faire avaler n’importe quoi. Moi, je préfère autant que les gens réagissent violemment. Tu ne peux pas considérer que quelque chose est scandaleux et ne rien faire. Porter plainte, déposer une main courante, ce serait la réaction la plus saine à toute atteinte ou à toute insulte.

Mais la plupart des gens assimile bien ça à du Street Art. Ce dessin est rond, en douceur. Je pense que si les anti-avortement avaient peint un fœtus, ils auraient écrit quelque chose comme « respecte ma vie » – en tous cas, ce n’est pas leur mode opératoire.

Pour moi, ce fœtus est le dénominateur commun à chaque être humain, le représentant du mystère de la vie, de notre pouvoir autocréateur, de nos origines, de la question de qui est l’humain. Après je pourrais mettre un mode d’emploi, je pourrais mettre mon nom ou l’adresse de mon site internet mais ça altérerait le symbole, ça lui enlèverait de sa magie. J’écornerais la possibilité d’imaginer. Mais en fait la plupart de temps ils passent leur chemin, ils n’imaginent pas. Ils ne se demandent pas ce que ça veut dire. C’est sans arrêt que je rencontre des gens qui me demandent ce que je fais. Je suis obligé de les questionner pour les aider à comprendre et formuler. Je me retrouve bien en tant qu’artiste et assistant social dans ce désir de créer les conditions d’une reformulation chez l’autre à partir d’émotions.


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On reproduit des croyances depuis des milliers d’années sur la base de ce qu’on nous a dit. C’est aussi pour ça que je fais ce fœtus, c’est une invitation au réveil. Mon utopie, c’est qu’au travers de ce fœtus je participe au réveil des autres. Moi, déjà en tant qu’artiste je m’éclate, je suis devenu sculpteur, j’ai créé des bijoux, après, je ne sais pas ce que ça provoque.
J’ai rencontré beaucoup de gens à qui ça a fait beaucoup de bien. Cela m’a conforté. Il y en a des gens qui m’ont dit que cela les avait mis mal à l’aise ou qu’ils avaient tellement aimé qu’ils le détournaient. Il y en a quelques uns qui se demandent si cela a quelque chose à voir avec les mouvements anti-avortement et qui passent leur chemin et il y a ceux qui réagissent. Alors bravo à ceux-là parce que c’est une saine réaction. Mais quand ces personnes connaissent mes intentions, quand je suis entré en contact avec elles, que je leur ai dit ce que je voulais faire à travers ce fœtus et qui j’étais, elles ont décidé de continuer et même d’en rajouter en écrivant  « Association des fœtus pour l’avortement » ! Elles sont dans une logique de destruction. Elles sont très peu nombreuses et même si elles peuvent peut-être convaincre une vingtaine de personnes,  il n’y en a que 3, 4, qui sont capables d’aller taguer mes dessins la nuit. Elles ont même fait un blog.  Je leur ai demandé d’enlever mes photos, mais ça n’a aucun sens.


Dans les jours qui viennent, je vais envoyer un communiqué en disant que j’ai choisi ce symbole parce que mon propos est purement poétique. Au final, je participe aussi à la réappropriation de ce symbole. Les contextes, les « récupérations »,  les références sont toujours temporaires… Et heureusement.

Je suis allé récemment  au centre LGBT en leur demandant s’il y avait une rumeur comme quoi ce dessin serait affiché par des anti-IVG. Les gens qui m’ont reçu n’avaient pas du tout pensé à ça, ce qui est le cas de la plupart des gens. 

Il y a une ou deux féministes qui sont venues à ma rencontre me disant : « je voulais rencontrer Sébastien Lecca parce qu’il paraît que c’est un catho, un facho » et elles m’ont dit « mais ce qu’on raconte sur vous, c’est incroyable ! ».


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Je comprends qu’on puisse ne pas me trouver comme auteur de ce dessin, même si c’est globalement assez facile. Mais une fois que je suis allé à leur rencontre en leur disant vous vous trompez, théoriquement elles devraient convenir qu’on partage les mêmes valeurs. Mais je crois qu’en réalité elles ne supportent pas qu’un homme fasse des Fœtus, on me l’a dit plusieurs fois. Suite à l’exposition « dans le ventre des femmes », sur la page Facebook SuperAvortement et le blog, il y a deux posts où il est clairement dit « vous n’avez pas le droit de parler du ventre des femmes », ce n’est pas votre thème*. Exit tout homme. J’ai même lu : « oui, mais votre fœtus mâle… ». On n’est plus dans un débat, dans un échange d’idées. Oui, mon fœtus est polysémique, il peut porter à interprétations, bien sûr ! L’Art aussi est là pour provoquer.
Si je faisais des chats, bien sûr ce serait moins polémique mais qu’est-ce que ça dit un chat ? C’est joli, c’est décoratif. Il y a sans doute un message « notre rapport à l’animal, au félin »… ou notre manière de marketer les animaux. Peut importe ! Et je respecte chaque démarche. Mais un chat, même jaune, ce n’est pas mon truc. Ou Space Invader, qu’est-ce que ça veut dire ? C’est notre modernité, les jeux vidéos, l’invasion du monde numérique ? A part ça ? 

Je fais des tee-shirts, je markete mon fœtus. Je m’amuse à ça, à le transformer. Je ne suis pas contre une démarche commerciale ou qui aurait à voir avec la déclinaison de produits dérivés, ça m’amuse d’essayer des matières nouvelles et d’apprendre  mais dans tous les cas j’ai besoin de dire quelque chose qui m’importe.

 

 

–  Le titre de ce projet est : "D'où venons-nous ? Que faisons-nous ? Où allons-nous ?" en référence au tableau de Gauguin qui s’intitule « D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? » Cette différence lexicale est-elle là pour rappeler que nous ne sommes que ce que nous faisons ?

Ce que je crois c’est que « je deviens ce que je pense ». Ce que j’expérimente, je le deviens. Si je pense que la vie est un enfer je vais le créer. Si je pense que je vais être malade, à force de m’angoisser, je vais créer cette maladie. Si je crois que la vie, c’est le paradis, je vais peut-être y voir des éléments ou bien créer moi-même des choses qui vont dans cette direction. Effectivement, notre pensée est un outil ultra puissant qui se transforme, qui se matérialise. Pour moi, c’est une évidence. On passe des décennies à dire je suis nul, je suis lamentable, mon corps est moche, je suis coupable. Si on passait la même décennie à ruminer des choses positives, les conséquences ne seraient pas du tout les mêmes.

Il m’a plus été reproché le « d’où venons-nous ? » On vient du ventre des femmes. On m’a dit : « Vous n’avez pas le droit d’en parler ». Mais même cette question est intemporelle. On peut y voir ce qu’on veut. On vient par exemple du fin fond de l’obscurité, et là on est en plein dedans, on régresse. Voilà, d’où l’on vient. On vient du mystère, on vient des étoiles. On vient de plein d’endroits différents. On vient des êtres unicellulaires.

 

 

Ce tableau, que tu définis comme l’origine du concept, que peux-tu nous en dire ?

 

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J’ai fait deux tableaux où j’ai représenté le fœtus et où un voit bien ce qui m’intéresse. La question du rapport à l’animal, du rapport à la vie, à la sexualité, à l’amour, au sacré, le rapport à l’invisible. Que serait l’être humain sans l’animal ? La relation à l’animal est fondatrice de l’humanité. Comme le rapport aux végétaux, comme le rapport au sexe, à l’amour, à la mort, à l’autre. Moi, j’ai été élevé dans un milieu athée et la première parole qu’on m’a donné est : Dieu n’existe pas et a été créé pour asservir les hommes. C’est ce que j’ai cru jusqu’à mes 18 ans. A partir de là j’ai commencé à me poser des questions et depuis 3 ans je suis devenu croyant. Mais je n’ai pas de Chapelle, je n’aime pas les dogmes. Chaque croyance passe au travers d’un filtre et doit répondre à un critère : est-ce que cela me sert ? Est-ce que cela me procure du bien ? Est-ce que cela fait écho à ma vérité ? Si oui, je la garde, sinon je ne m’y attarde pas. 

Là-dedans, il y a mon côté péruvien, et certainement un métissage entre catholicisme et chamanisme. Je prends de l’ayahuasca de façon très régulière. C’est une plante visionnaire qu’utilisent les indiens d’Amazonie. Je fais plus confiance à ce type de médecine ayurvédique, yoga, etc. qu’aux antibiotiques et puis cela renforce mes capacités de réceptivité, de souvenirs, d’extases et fait jubiler mon corps en action… tout comme le Tai chi que je pratique. 

L’ayahuasca est présente dans ce tableau et pour quelqu’un qui connaît, ça se voit. Il y a mon rapport à l’animal, il y a ma pensée magique, en fait dans ce tableau. De façon naturelle, quand je vois un arbre, je lui parle, quand je vois un oiseau, j’entre en contact avec lui. Pour moi, tout est sacré. Pour moi, la mort n’existe pas. C’est une étape de transformation de la vie qui continue sans arrêt et on est l’univers en train de se créer, non ? C’est une réalité. Il y a un processus à l’œuvre dans l’univers qui est une création permanente. Et nous on y participe en conscience ou non. Je suis une manifestation de cet univers. Mes cellules prolongent cette mémoire de milliards d’années. Je suis à la pointe de la vie (rires). Je suis un VRP de la vie en train de se créer et au nom de ça je peux dire ce que je pense, ce que je crois de la vie et l’aimer, la contempler, m’en émouvoir et au travers sentir combien on participe à tout cela.

 

 

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–  J’ai lu que tu avais déposé ce dessin du fœtus…

Oui, naturellement, je l’ai fait protéger à l’OHMI (niveau européen de l’INPI). Je joue avec les paradoxes car à la fois c’est un symbole universel, propriété de l’humanité et donc irrécupérable et à la fois il est récupéré par les anti-avorteurs. Il y a 20 ans, c’était « 2001, l’odyssée de l’espace »,  dans 20 ans ce sera peut-être Sébastien Lecca. Mais dans cinquante ans, un siècle ? On sera peut-être revenu à son sens premier ou bien il sera référé par d’autres choses, peut-être par les progrès des clonages ou autre chose. Mais en réalité, il est impossible à récupérer puisque sur le long terme on sera tous morts.

 

 

–  Qu’est-ce que tu espères de cette propagation ?

cc911758190811e2aeda22000a1de2e0_7.jpgC’est un symbole donc je ne peux pas me l’approprier. Même si je fais une tentative d’appropriation, de récupération, de marketage, de protection et de développement de produit. Je joue avec ces paradoxes.  Je pense qu’il peut y avoir un élan poétique et une ingénierie qui relève d’autres métiers. Un artiste qui veut faire une expo a besoin de clous, de marteau. Mais s’il veut se développer, il doit aussi maîtriser un certain nombre d’outils comme Facebook, les réseaux sociaux, savoir faire un site, écrire un communiqué de presse, prendre son téléphone, monter un budget, faire des dossiers. S’il fait tout cela, il a plus de chance que son propos poétique soit véhiculé. Personnellement, j’adore apprendre tout ça. 

Si on donne les moyens à un geste, à une parole poétique de se faire entendre mais qu’au travers de ces moyens-là elle perd un peu de son authenticité parce qu’elle se retrouve sur des cartes postales, il faut l’accepter. C’est comme une pensée. Elle va toujours passer au travers de paroles. Elle sera toujours écornée, partielle et provisoire. Au final, le sentiment de ce qu’est la vie, je l’ai. Mais pour en parler, je ne peux que rayonner de ma joie, de mon expérience, de mes blessures, de mon humanité pour partager avec autrui.

Mes détracteurs disent : « Sébastien Lecca est un pubard » parce que j’ai bossé une année dans une agence de pub. Mais j’ai été 10 ans assistant social ! J’ai serré la pince à Sarkozy mais finalement, je l’ai instrumentalisé avec toute ma bande d’handicapés. 

 

 

–  S’ils sont persuadés que tu es un excellent commercial, c’est bien parce que tu fais bien ce que tu as entrepris de faire.

Oui, enfin, ils… il faut voir qui. En tous cas, elles sont persuadées que je suis un pubard et que tous mes concepts sont commerciaux. Effectivement, quand je choisis un concept, je me pose des questions : est-ce que c’est quelque chose qui me tient à cœur? Est-ce que c’est original ? Est-ce qu’il y a une visibilité possible ? Est-ce qu’il y a des accroches au regard d’une question sociétale ou métaphysique et même des « accroches » médiatiques ? Si oui, alors c’est une bonne idée.


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–  Quels sont tes projets ?

Sans dire ce que c’est, c’est parti d’une idée irrationnelle mais certaines idées simplissimes doivent voir le jour.

Quand je suis sur une toile avec mes pinceaux il y a certaines contraintes matérielles, quand je veux faire quelque chose dans l’espace public, les contraintes sont différentes. Mais au final, c’est le même procédé. Créer une entreprise ou une représentation, c’est un processus créatif. Certes, la finalité n’est pas la même. Dans un cadre c’est purement poétique et puis dans l’autre il y a un marché. Là, il se trouve qu’il y a une dimension poétique voire comique car c’est une parodie.

En fait, je suis un artiste autodidacte et ce que j’ai appris, c’est être assistant social et au-delà de ça, j’ai une fibre communicante. Mon travaille vise les représentations sociales et j’utilise les outils que j’ai appris à utiliser. Pour ce nouveau projet, je suis en train d’en apprendre d’autres. Là, je pense que définitivement certains vont dire que je ne suis pas un artiste mais bien un businessman… 

On peut essayer de mettre une définition réductrice sur mon travail et je peux l’accepter mais je n’en tiens pas compte parce que je sais que je suis multiple, aussi bien authentique que stratège ou calculateur. Je suis humain, je crée,  j’expérimente mes pensées. Et on partage tous tout cela. Je me sens solidaire de tout comme du pire. Les améliorations viennent souvent des pires choses. Coller des étiquettes ne sert à rien, la vérité glisse toujours. Toute tentative de définition empêche de voir la vérité sous d’autres angles. Et je sais qu’on agit par catégorisation, définition. 

Ma méthodologie en tient compte et quand j’essaie de me créer une définition pour quoi que ce soit, je sais que c’est partiel et provisoire - comme le dit Claude Bernard dans sa méthodologie scientifique. Il faut se méfier des dogmes et avancer. S’il y a un objet de polémique qui va venir mettre en cause ton hypothèse du moment, alors elle va se reformuler et s’agrandir. Je pense que la vie procède comme ça. Aller vers soi, c’est un chemin plein de joie et de gaieté.

 


Vous pouvez aller lire le site du projet pour plus d'informations.

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Vendredi 2 novembre 2012 5 02 /11 /Nov /2012 14:05

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Madame Moustache n'est pas un endroit où danser en soirée, Madame Moustache n'est pas un groupe de musique country, c'est une artiste au rouge à lèvres comme sa signature qui accepte parfois de parler de sa passion pour les collages.

 

– Madame Moustache, en fait, tu fais quoi dans la vie ?

Deux choses différentes. J’ai un boulot alimentaire qui n’est pas très intéressant mais avec lequel je prends tout de même du plaisir - à l’origine je suis comédienne et scénographe, travail que j’ai fait pendant plusieurs années en ayant pas mal voyagé - et les 70% du reste de ma vie, c’est mon boulot de Madame, mon vrai travail, ma passion, mon gros projet, mon truc.

 


– Pour réaliser tous tes collages, as-tu eu un héritage de magazines ? Était-ce un stock dans le grenier de tes parents ?

Non, c’est chiné, trouvé dans des poubelles, des brocantes. C’est de la récup’ à mort ! J’ai un tas énorme chez moi de vieux magazines, de vieux journaux. Ce n’est que du vieux. C’est très important pour moi que ce soit du « vrai » vieux, uniquement du début  du siècle jusqu’aux années 1960-70 et rien au-delà. Les matières,  les couleurs, les typos font que, chaque original, chaque collage original qui fait après l’objet d’un tirage en repro dans la rue, n’est pas reproductible parce que je n’ai qu’un exemplaire de chaque magazine. Ce n’est pas comme un dessin. Je les scanne, j’ai une bibliothèque de scans en plusieurs définitions, en couleurs, en noir et blanc. Etant donné que je vends les originaux, c’est la seule chose qui me reste.

Donc pas de grenier en héritage mais j’ai un amour démesuré pour faire les poubelles, les brocantes, les vide-greniers, les petites annonces. Mais chez moi ça commence sérieusement à ressembler à un grenier pas mal encombré…


 

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roti– D’où te vient ton inspiration que je qualifierais de mi-potache mi -vaudeville?

Cela vient beaucoup de l’enfance, de tous les souvenirs que j’ai. De l’énorme nostalgie que j’ai de mon enfance. Je pense que je n’accepte pas du tout le fait d’être devenue adulte. C’est pour ça que je n’utilise que des vieux papiers ou de vieilles choses.

Après… l’inspiration un peu potache comme tu dis, un peu vaudeville, un peu grotesque, c’est mon accroche et ça vient du théâtre. J’ai beaucoup travaillé dans le théâtre, c’est ma formation de base. Et ça vient aussi de mon rapport à la sexualité et à l’amour. Je pense que les relations humaines, les rapports hommes/femmes, femmes/femmes et les rapports humains ne sont pas des contacts faciles.

Je pense que c’est vraiment un mélange violent et bordélique de tout ça.

 


– Qu’est-ce qui t’a décidé à aller coller la première fois ?

J’ai rencontré un mec génial, que je ne vois plus trop en ce moment, un type très talentueux, qui est graffeur et colleur d’affiches, qui s’appelle Sword. On s’est rencontrés par l’intermédiaire de Facebook et j’ai commencé à faire des photos pour lui quand il allait coller.

seduction-copie-1.jpgParallèlement,  je commençais déjà à faire des collages à la maison, pour moi. En fait, je dessine et je fais des collages depuis que j’ai l’âge de respirer. Je suis née dans une famille d’artiste : mon grand-père était peintre et scénographe, mon père a le même don sauf qu’il n’en fait pas usage et je passais tous mes dimanches dans l’atelier de mon grand-père. J’ai grandi dans un univers artistique et donc j’ai toujours eu cette sensibilité là.

Et j’ai rencontré ce mec avec qui j’ai commencé à traîner, à faire un peu de photos. Et puis au bout d’un moment, il est venu chez moi et a vu les collages que je faisais, et il m’a dit : « écoute, on se donne un thème, la semaine prochaine tu fais un truc, je le scanne et puis je t’emmène chez mon imprimeur. On l’imprime en méga grand et je t’aide à le coller. On colle à côté l’un de l’autre et pour une fois tu ne seras pas que spectatrice ». Ça a commencé comme ça, c’était au bord du canal Saint Martin, c’était il y a un an et demie, juste avant les vacances d’été. J’ai posé la deuxième bande de mon collage et c’était un énorme singe avec un sexe en forme de trompe d’éléphant et il était écrit « sans les mains », je l’ai posé et j’étais morte de rire. Là, un mec qui était apparemment un gros graffeur de Paname m’a félicitée et ça m’a donné une énergie incroyable. A partir de ce moment-là, je n’ai plus arrêté.

Maintenant, j’ai une fréquence beaucoup plus prononcé qu’avant. Je n’ai jamais autant collé de ma vie que maintenant. Je colle une à deux fois par semaine et plusieurs. Je recycle, je colle toujours du vieux et du neuf. Je commence à vraiment avoir un rythme. Au début c’était épisodique mais je continuais parce que j’aimais bien.

C’est grâce à lui que j’ai commencé, que je continue, que c’est en train de devenir ce que ça devient et que c’est génial. C’est en train d’éclore et c’est un truc que je n’aurais jamais imaginé. Même ne serait-ce que trois personnes qui me laissent des messages pour me dire qu’ils aiment ce que je fais, c’est inestimable. Merci à lui.

 


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– Parmi les motifs récurrents, dans tes collages, il y a un bonnet rayé. Cela ne ressemble à rien de ce qu’on peut voir ailleurs, est-ce que tu peux nous donner une clé d’interprétation ?

Il y a plein de raisons, le moindre détail est justifié, et je peux réfléchir longtemps à pourquoi je mets telle chose à tel endroit.

Mon grand-père paternel était un des hommes de ma vie, voire peut-être la personne que j’ai le plus admiré. C’était quelqu’un de très talentueux, d’absolument génial, qui a été déporté à Dachau et qui, quand il en est revenu, était en tenue de prisonnier, en habit rayé blanc. C’est une des raisons. En fait, pour moi, ça symbolise tout ce qui est asservissement, assouvissement, rapport de forces. C’est un indice mais il y a encore beaucoup d’autres choses. C’est une des raisons… mais il y en a plein d’autres.

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Je n’aime pas donner toutes les clés, tout ce que ça représente pour moi.

Parfois, je trouve ça magique de ne pas savoir. Je donne aussi des indices pour perdre les gens. Il y en a qui verront des trucs de cul dans ce que je fais et rien d’autre et qui m’insultent presque. Je m’en fous, ce sont des gens qui n’ont pas compris. C’est mon jardin secret et je n’ai pas envie de l’expliquer.

Il y a toujours plein de solutions possibles. J’aime que ce soit pluriel comme l’amour que je décris qui est pluriel. Pour moi, pour la symbolique et la signification, c’est pareil.

 


– Le motif du poisson est aussi omniprésent : est-ce que ce n’est qu’un symbole sexuel ?

C’est un symbole sexuel pour celui qui ne fait pas attention à ce que je fais. Oui, ça a une accroche sexuelle, évidemment. Le poisson, c’est quelque chose de phallique. Mais ce n’est pas que ça.

C’est ancré dans mon enfance. Il y a une raison très particulière et notamment un énorme rapport au père mais ce n’est pas que cela non plus. En fait, j’aime perdre les gens et c’est ce qui me fait rire. J’aime que les gens soient surpris, qu’ils s’attendent à une chose et en découvrent une autre, qu’ils se rendent compte que ce n’est pas aussi simple que cela.

Moi, j’ai envie que les gens regardent mon travail et qu’ils se marrent, voire les faire réfléchir, les interroger.

 


– Comment réagissent les gens dans la rue à tes collages parfois grivois ?

Les réactions des gens sont très variées. Les petites vieilles qui se marrent, ça c’est génial, c’est une friandise. Quand tu colles un truc un peu grivois, un peu cul, et que tu as la mamy qui fait style de pas regarder, qui regarde du coin de l’œil, qui rit et s’en va avec son cabas, ou qui me fait un clin d’œil, ça c’est génial ! C’est un morceau de bonheur pour moi. Sinon il y a aussi des gens qui sont, on va dire, moins tolérants…

 

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– Ils réagissent parce que tu ne fais pas que du collage mais que tu fais aussi de la peinture (la signature Madame Moustache) ?

Oui, je fais de la peinture mais toujours sur l’affiche. Au début, j’ai failli avoir des ennuis parce que je débordais un peu de l’affiche, maintenant je suis sage, c’est uniquement sur l’affiche.

La semaine dernière je me suis fait carrément insulter par un mec. C’est allé très loin et très vite. Il a crié, m’a insultée, c’était violent. Et puis un autre qui m’a dit que c’était dégueulasse, que c’était de la merde.

Il y a aussi bien sûr des trucs géniaux. La dernière fois en collant avec Fred le Chevalier, il y avait des gamins qui nous regardaient coller. J’ai commencé et pendant ce temps ils faisaient des paris, ils avaient 5-6 ans, ils étaient surexcités et ils essayaient de deviner : « oui, c’est un poisson,  c’est un chat… ».

 

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Ça, ce sont des petits moments délicieux, c’est un vrai moment d’échange. Mais les réactions sont très variées et que ce soit dans la violence ou non c’est toujours intéressant. Je recherche aussi cette confrontation sinon je collerais à 4 heures du matin. Je cherche le dialogue. Après, le fait de coller quelque chose dans la rue où il n’est pas explicitement dit que c’est autorisé, il y a toujours quelqu’un pour être garde chiourme à la place des flics.

 


conversation.jpg  Tes personnages sont grimés, masqués, cachés par un bandeau noir, pourquoi ? Est-ce qu’ils transgressent un interdit ?

Non, plutôt parce que c’est une grosse mascarade, ça participe du théâtre. On met des masques, on joue des rôles. J’aime bien aussi que ça donne un petit côté sulfureux, partie fine en mode campagne, un côté décalé et rigolo.

Je suis également une fan de Zorro. Après avoir mangé ma soupe de légumes aux pâtes, je regardais Zorro et le sergent Garcia. Je trouvais ça génial et j’adorais le grain de la pellicule. Je suis très nostalgique de cette image là. C’était très beau. Il y avait une couleur très particulière que je trouvais très belle. J’aime bien aussi l’idée de « on se cache sans se cacher ». Ce n’est pas vraiment du déguisement, c’est de la farce.

 


– Est-ce que cette image représente ta notion de l’amour ?

kapo.jpgUn peu, oui (rires). A l’origine, je l’ai faite pour un couple d’amis très amoureux et ils l’adorent. Ils m'aident et me soutiennent beaucoup - et je leur dois aussi beaucoup. L’image de l’amour que je donne ici n’est pas la leur mais bien la mienne. Je suis un peu une menteuse sur mes affiches. On peut croire que c’est léger et rigolo mais moi je ne suis pas quelqu’un qui croit en l’amour. Et parfois ça transpire. Cet atomiseur Kapo, ça atomise, ça tue, ça fout K.O. Je suis assez dans la contradiction.

 


– Que penses-tu de ce que dit Fred à propos de toi : « que tu es une artiste avec des choses à dire et que tu ne devrais faire que ça dans la vie » ?

Je suis très émue et très touchée.  En fait je suis une petite fille et c’est pourquoi je n’aime pas me montrer, je suis très discrète et quelqu’un qu’on voit peu à des vernissages. Tu ne peux pas, toi, te déclarer artiste, ça ne veut rien dire. Ce sont les autres qui doivent te déclarer artiste.

Que Fred dise ça, je suis très honorée. Cela me touche car j’aime beaucoup son boulot. C’est quelqu’un de très doué, très talentueux, très touchant, très intelligent et que ça vienne de lui, c’est d’autant plus élogieux.

Je crèverais d’envie de ne faire que ça, je tends vers ça. Je voudrais ne faire que ça !

 


– Est-ce que tu es quelqu’un de drôle dans la vie ?

Ça c’est pareil, je ne peux pas te le dire. Je ne sais pas, j’espère. C’est une des choses à laquelle je pense, j’espère être quelqu’un de drôle. Quelqu’un de bien, c’est trop dur, mais quelqu’un de drôle, je l’espère au moins. 

 

 

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– Tes projets ?

De très belles expos, un concours en Italie au mois de décembre, un prix à Milan. J’attends de voir si je fais la braderie de Roubaix. Plein de trucs… je prends tout ce qu’on me donne, tout ce qu’on me propose. Je vais peut-être aller coller dans les rues de Nîmes parce que je suis invitée par quelqu’un de chouette.

Je suis contente des petites comme des choses plus importantes. Je me gave de tout ce qu’on me propose, je prends tout et je dis merci. On me contacte plus que moi je ne fais de démarches et j’espère que ça va continuer. C’est toujours touchant quand les gens font la démarche de venir vers toi, ça veut dire qu’ils croient en toi.

Plein de trucs, c’est chouette.


Vous pouvez aller voir son site et sa page Facebook...

Par Mcwp - Publié dans : Street Art
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Mardi 16 octobre 2012 2 16 /10 /Oct /2012 11:24
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Rendez-vous avec l'auteur des personnages de papier qui recouvrent les murs de Paris, au Forum des images, un bon endroit pour y raconter des histoires.



–  Fred le Chevalier, tu fais quoi dans la vie ?


Dans la vie, j’ai un boulot, un vrai « boulot » qui sert à garantir mon existence.

Et puis le collage, le dessin, c’est ce sur quoi je passe le plus de temps. Donc, dans la vie, je fais surtout ça. Ce qui m’intéresse, c’est là où vraiment je passe le plus de temps, tous les jours et beaucoup. C’est sur quoi je suis concentré, ce à quoi je pense.

 

 

–  Ton travail arrive à te laisser du temps pour faire ça ?

Oui puisque je fais 35-40 h. C’est un peu frustrant parce que c’est tout de même une limite à ce que je voudrais faire et que je deviens un peu schizophrène avec les choses dont j’ai envie et les choses obligatoires. Ça laisse du temps mais j’ai envie de travailler moins et dessiner plus.  

 

 

–  Comment en vient-on la première fois à coller un dessin sur un mur. A-t-on peur ? envie ? les deux ?

C’est difficile à expliquer, je crois que je ne sais pas bien le dire. Je pense que c’est un truc que j’ai toujours trouvé chouette d’être dans la rue parce ce qu’il y a le contact direct avec les gens, il n’y a pas le passage par des cercles, des galeries, etc.

C’est le fait de parler à tout le monde, le côté cadeau gratuit, vraiment c’est une démarche que je trouve belle. J’étais un peu marqué par Pignon Ernest que j’avais vu enfant.

Ernest Pignon, je l’ai vu chez mes parents, je trouvais ça magique le fait d’avoir un travail hyper léché hyper élaboré et de le mettre dans la rue à la portée de tout le monde.

J’ai vu ses œuvres en reproduction. C’est une manière d’aborder l’art que je trouvais très intéressante. Mes influences ce sont Pignon Ernest et le punk, même si elles ne paraissent pas proches.

Dans le punk, il y avait le refus de la hiérarchie , un non au « je suis un artiste, admirez-moi, je suis sur un piédestal » et un grand oui à une profusion de créations. Dans tout ça, il y avait beaucoup de dessins dans le graphisme des années 80 comme Laul qui illustrait pour les béruriers noirs, du vieux rock alternatif, du punk américain, des dessins qui circulaient avec des papiers, des ciseaux et de la colle… ce sont des formes d’expressions qui m’ont vraiment intéressé et marqué.

Après, quand moi j’ai commencé à coller, j’avais envie de montrer ce que je faisais, de m’amuser. Auparavant  mes dessins, je les donnais. Mais un dessin tu ne le donnes qu’une fois. Le collage, c’était une façon de prolonger ça et de se promener aussi tout simplement.

A l’époque, j’avais un peu l’impression de faire quelque chose d’interdit mais en fait ce n’est pas du tout le même sport que les graffeurs : ça passe très bien, les gens aiment bien. Avant je collais la nuit, j’ai arrêté, je colle le jour maintenant. Les gens sont adorables - à de rares exceptions près. 

Bon, j’arrête si je vois des policiers mais il n’y a pas de problème. 


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Je ne sais juste pas expliquer la première fois.  C’est comme…  moi je suis devenu végétarien. Je me suis dit longtemps, je serai végétarien. Et puis un jour, voilà. 

Là, c’était le moment. Cette idée que le dessin donné une seule fois ce n’était pas assez, une envie de décorer la rue de quelqu’un que j’aimais. Voilà, c’était le moment pour quelque chose que j’avais toujours porté. C’est vraiment une expression qui m’est naturelle. Je n’intellectualise pas trop.

Pour revenir à ce que je disais sur le punk et sur Pignon Ernest, le fait de dessiner dans la rue, il y a un côté simple et direct et ce n’est pas pour ça que tu refuses de travailler, de faire quelque chose de qualité.  Pignon Ernest c’est ce qui m’a marqué parce que les dessins sont beaux,  le papier est très beau, c’est d’une précision folle, et aussi intellectualisé et militant à l’époque : représenter les enfants de Soweto en proie à l’apartheid et s’en servir comme base, Il y avait un sens. Le fait de parler à tout le monde, je trouvais ça très fort. 

Moi, ce qui me plaît, c’est que les gens qui aiment mes dessins ne se ressemblent pas. Je n’ai pas l’impression de parler à une catégorie, il y a des gens qui sont homos, hétéros, jeunes, vieux, riches, pas riches…  Et ça, je trouve ça intéressant et je ne suis pas sûr que les autres formes le permettent. Je ne le refuse pas du tout mais je ne me sens pas du tout dans le truc Street Art, je ne me sens pas du tout enfermé. Si tu es dans une galerie, il y a les gens qui connaissent cette galerie qui viennent. Tu vas parler à une catégorie. Quand tu es dans la rue tu parles à tout le monde. Et c’est ça que je trouve magique. Pignon Ernest, c’est le seul que j’avais identifié parce que le côté militant et la richesse du trait m’avaient parlé.  On n’est pas dans l’ostentatoire ou la transgression mais plutôt dans la poésie.

 Je ne vais pas dire que je me sens proche de Pignon Ernest parce que ça fait prétentieux mais ça me touche…  j’ai vu une expo l’an dernier et j’étais hyper content.

 

 

- Le masque est un motif récurrent dans tes dessins : que représente-t-il et que peux-tu nous dire de ce dessin ?


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J’aime bien que les gens s’approprient mes dessins, je trouve amusant et intéressant que quelqu’un voit  un homme quand je vois une femme, quelque chose de triste quand je vois quelque chose de gai et vice versa. Je pense que c’est très important que les gens se racontent leurs histoires plus que d’expliquer mes dessins. 

Les masques c’est quelque chose qui me fascine dans un registre à la fois de protection de soi - il y a un côté un peu armure que j’y mets - et puis aussi de décoration.  Dans celui-là, il y a avait un peu quelqu’un que j’ai beaucoup aimé, il y a un peu d’elle. Il y a à la fois un rapport au masque et au monstre mais c’est la même chose car le monstre souvent dans mes dessins est aussi protecteur et fait écran avec le monde – à la fois ce que tu portes de douloureux  et quelque chose qui te protège du monde et qui peut être encore plus douloureux. Le personnage a un masque nuage parce que pour moi, c’est le rêve et la douceur et c’est sa façon de transcender et puis le masque monstre qui est en elle, qui la protège ; elle a une double protection. 

Ce dessin est assez rare parce qu’à l’époque je ne dessinais que des personnages de profil, jamais de face. Celui-là était un peu étonnant  parce que c’était une éclaircie dans les profils, c’était une tentative. Mais il y a toujours le côté protection et le côté rêve… et la part d’intériorité affichée aussi. Les deux sont des apparats. J’ai envie de tendre vers le doux dans les dessins. 

Dans ma façon d’avancer dans la vie, j’ai besoin de me rassurer avec ce qui marche. Si je passe mon temps à dire la vie est horrible je ne suis pas sûr que cela m’aide beaucoup. Donc dans les dessins que je fais il y a l’envie de partager du doux avec tout ce qu’on est, ce qu’on a de joyeux et de moins joyeux, ce qu’on porte.

 

  

 

–  Pourquoi si peu de couleurs dans tes collages ?

Quand j’ai commencé à dessiner, j’ai acheté des crayons de couleurs. J’ai fait quelques trucs avec les crayons de couleur et un personnage en noir et blanc qui était inspiré de Hans dans Freaks de Tod Browning. Je l’ai trouvé élégant, j’ai trouvé qu’il avait quelque chose en plus : de la sobriété et un style plus élégant. Je me suis senti à l’aise avec les aplats de noir aussi, il y a quelque chose qui me plaît dans cette technique. 

Sur les originaux, je n’en mets pas, mais dans la rue, j’ai ajouté de la couleur pour donner un peu d’éclat, de vie, de brillance sur des choses  symboliques : une clé en or, du rouge pour la vitalité, du vert pour l’espoir. Le noir et blanc, ça correspond à des dessins qui m’ont influencé, ceux d’Aubrey Beardsley, un anglais qui faisait des personnages un peu androgynes, élégants. 

Quand j’ai commencé à dessiner, ça ne m’intéressait pas d’apprendre à dessiner « bien » et de prendre des cours. Je n’en avais pas le temps. J’avais envie de trouver une forme dans laquelle je sois à l’aise, simplement de renouer avec un plaisir délaissé. Même si ce n’est pas bien dessiné, ce n’est pas grave. J’étais à l’aise sur du noir et blanc, j’ai continué. Je ne savais pas trop ce que je voulais faire… ni maintenant, d’ailleurs. 

Je ne me vois pas dessiner en couleurs, ce serait loin de moi. J’ai trouvé un moyen dans lequel je suis bien pour raconter des histoires et ça me convient. Parfois, j’ai envie de faire des choses un peu plus compliquées, mais la couleur, je n’imagine pas. A part avec les enfants. J’ai fait un dessin avec une  petite fille récemment. Moi, je dessinais, elle coloriait, c’était super drôle. Mais ce n’est pas moi qui coloriais.

 

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–  Il y a de plus en plus d’écrits sur ton blog, est-ce que les images peinent à tout dire ?

Je suis plus pudique sur la question du mot, j’ai l’impression que je me livre plus quand je mets des phrases. Même si je le fais sous une forme un peu humoristique qui me protège comme un masque. J’écris comme des citations, je n’écris pas mon humeur mais je fais des phrases grandiloquentes et un peu pompeuses avec une recherche poétique et en même temps un nez rouge pour l’équilibre. Mais j’ai l’impression de davantage me montrer et j’ai un peu plus de pudeur avec ça.

J’aime bien écrire des petites phrases avec mes dessins. Et je pense que ça marche bien ensemble. Je commence à accepter de le faire, j’y viens plus facilement.

Ça me plaît que les gens aient une émotion en voyant mes dessins, je suis content. Après, leur dire, là il faut comprendre ça, ça ne m’intéresse pas beaucoup. J’essaye de faire des phrases qui vont faire sourire ou réfléchir.


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Il y a un dessin avec trois personnages dont certains ont des masques, il est écrit « à l’école, étais-tu déguisé en enfant ? », ce n’est pas comme dire « la société te corrompt » ou « mort aux cons ». Écrire « consomme, obéis ! » sur les murs, ça m’énerve. Être donneur de leçons, ça ne sert à rien mais une phrase qui t’amène à t’interroger c’est ce que j’attends du dessin dans la rue : on s’arrête deux secondes si  cela touche, on sourit, on se pose une question, ça fait sourire ou réfléchir ou rire. Mais je trouve l’écrit plus impudique.

 

 

 

 

 

–  Comment sont nées tes collaborations avec Tristan des Limbes ou Madame Moustache plus récemment ?

Tristan des limbes  c’est une amie. Donc, on allait coller ensemble. Moi, je suis très très fan de son travail, je trouve ça très puissant. 

En fait, c’est moi qui ai collé le premier. J’aimais beaucoup ce qu’elle faisait et puis pour lui faire un clin d’œil, j’ai pensé que c’était quelque chose qui lui plairait alors j’ai collé un de ses dessins. Ça lui a plu et on s’est mis à coller ensemble.  

C’est quelqu’un qui a une patte, un truc fort. Souvent, les gens écrivaient « Fred, c’est de la poésie et Tristan c’est dépressif » et ça m’agaçait. Parce que la poésie ce n’est pas juste des trucs romantiques. Les classiques qu’on apprend à l’école ne donnent pas forcément envie de hurler de rire. 

 

Après, Madame, c’est différent. On a échangé des e-mails parce que j’étais très admiratif de son travail. Je me sens assez proche aussi de ses thématiques, le côté androgyne, la sexualité – même si je n’en parle pas. Je trouve ça drôle et élégant, hyper bien fait, les originaux étant encore un cran au dessus. On s’est rencontrés pour coller, c’est une rencontre plus sérieuse qu’affective. J’étais super fan de son travail et même si c’est différent de ce que je fais, finalement les collages vont bien ensemble. C’est quelqu’un qui mérite une place comme Tristan, ce sont des artistes qui ont des choses à dire et qui ne devraient faire que ça.

 

 MadameM  Collage de Madame Moustache

 

 

–  Tu dis ça pour elles et non pour toi ?

Si… mais ça, c’est récent. Ça ne fait pas longtemps que je me dis ça. J’aimerais bien. Ce n’est pas pareil quand tu parles de toi, tu te mets des barrières. Et puis je suis plus touché parles gens qui se mettent des barrières aussi. Les gens qui sont humbles. J’aime beaucoup Rubbish Cube par exemple qui  fait de grands visages en noir et blanc. Il découpe le blanc qu’il colle comme un napperon, c’est très beau. Il peut mettre cent heures sur un découpage et parle de lui avec une grande modestie.

 

 PortraitRubbish3  Collage de Rubbish Cube

 

 

–  Tu colles beaucoup de personnages dans les rues de Paris, à quel besoin répond cette addiction ?

C’est nourrissant, ça a changé ma vie complètement. Je n’ai pas dessiné pour m’adresser à des gens ou avoir une démarche artistique ; c’était pour moi. Affectivement, je m’y retrouve. Je pense que toute personne qui passe deux cent heures  par semaine sur quelque chose, peut-être qu’il n’est pas totalement stable ou qu’il a des manques quelque part. Quand tu rentres chez toi en courant pour dessiner et coller trois trucs à deux heures du matin, il y a de la joie. Ça m’apporte quelque chose en terme de sens, de dynamique.  Je suis content de ce que je fais, c’est un vrai moment de bonheur.  J’en ai collé beaucoup maintenant, mais ce n’est pas vraiment si différent, je reste dans le plaisir.

Et si quelqu’un m’envoie un mot gentil, je ne sais jamais quoi répondre à part merci mais ça me fait plaisir et ça me touche. Il y a des choses très jolies. Il y a quelques jours, une femme voilée avec son petit garçon m’a dit un mot gentil, je ne sais pas trop ce qu’on aurait eu à se dire normalement, on n’a pas de raison particulière de se parler. 

Les gens ne se ressemblent pas mais ça me procure du plaisir s’ils sont touchés. L’autre jour, il y avait un vieux monsieur qui passait devant un de mes dessins et j’attendais pour qu’il soit sur la photo que je voulais prendre parce que je le trouvais beau et il s’est arrêté et m’a dit : « il ne faut pas que je sois sur la photo, hein ! ».  Il trouvait le dessin beau et ne voulait pas que je gâche la photo.

Et aussi une petite dame qui m’a vu en train de coller et qui m’a demandé : « Il y en avait un très beau à côté du Franprix, pourquoi il n’est plus là ? ». C’est une belle histoire. Ce sont toutes ces choses qui ont changé ma vie. C’est une relation avec soi et les autres que je trouve simple et agréable. C’est aussi frustrant et ce le sera encore parce que j’ai envie de faire plus de choses, j’aimerais aller dans plein d’endroits mais c’est chouette !

 

 

–  Tu as déjà parlé de volonté de densité dans ta création mais tes personnages sont particulièrement épurés, c’est un paradoxe ?

Je pense que la simplicité tient essentiellement dans la démarche initiale. Je ne voulais pas prendre de cours aussi j’avais la technique de mes onze ans et j’avais envie de cette technique là et non de quelque chose de très construit. Je n’avais ni le temps ni l’envie. Le déclencheur pour dessiner ça a été Béatrice Myself qui fait des choses poétiques très simples dans la forme mais complexes dans l’imaginaire. Je me suis dit que dans la forme je devais savoir faire. J’avais envie de choses simples et naïves qui soient fortes. Je suis parti de ça puis j’ai décliné énormément, je reproduis ces thèmes et j’essaye d’enrichir avec des éléments ou des formes. J’ai envie de densifier par des formes, des petits traits, en rajoutant de la matière sur les personnages et autour d’eux. Souvent mes personnages ont des masques ou  des petites choses qui ajoutent de la densité sur eux, il n’y a pas d’ombres ou de contrastes. J’ai fait des dessins avec des décors mais c’est moins intéressant à coller, ça devient une affiche. Et alors ça nécessite d’être un grand format. Les traits sont toujours simples mais là, c’est dense, j’ai mis trente heures.

 

 

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–  Les projets ?

C’est déjà de moins en avoir car j’ai fait beaucoup de choses ces derniers mois, peut-être trop des fois. J’ai envie de prendre du temps, de faire une belle expo à Paris dans un an. Il y a des petits livres qui sortent en ce moment, trois recueils de dessins. Je vais aussi coller à Charleville-Mézières pour un Festival de Poésie c’est le service culturel qui m’a sollicité. En novembre je dois exposer à Angoulême qui est ma ville natale, j’aurais peut-être des murs assez grands. Je trouve ça chouette d’être sollicité pour une chose que tu aimes faire, ça veut dire que tu colles avec du temps et que tu peux t’installer. Ne pas être dans l’urgence, c’est agréable. Et puis aussi un livre avec une histoire. Mais je ne sais pas quand. Et puis surtout garder le plaisir. J’ai eu beaucoup de sollicitations ces derniers temps, ça a été très très vite et j’ai eu moins le temps de coller et je ne m’y retrouve pas. Ah et puis il doit y avoir un film en juillet prochain où mes dessins apparaîtront. Voilà, ça fait assez de projets…

 

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Collages de Fred le Chevalier et Béatrice Myself

 





Vous pouvez suivre sa page Facebook, son blog, suivre ses photos sur Instagram et aller faire un tour dans sa boutique.

 

Par Mcwp - Publié dans : Street Art
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Jeudi 4 octobre 2012 4 04 /10 /Oct /2012 13:52

Sans titre
Après quelques pérégrinations dans les rues de Paris, il y a environ un an, une fresque m’a interpellée par sa couleur, sa matière et ses curieux personnages. Elle était signée NB.JSPZ. Hier soir, j’avais rendez-vous avec un des auteurs de ce collectif, Nicolas Barrome, pendant que la pluie recouvrait Paris.

 

–  Comment passe-t-on des Etudes de commerce aux Arts appliqués ?
 

C'est assez simple. Après avoir obtenu un bac ES (économique et social), et sans se poser les bonnes questions, on se dirige tout naturellement vers des études de commerce. Puis au bout de quelques semaines (voire quelques heures), on se demande ce qu'on fait là et on se dit que l'année va être longue. Puis on se rappelle que depuis tout petit on adore dessiner et tripatouiller toutes sortes de trucs. Alors on se renseigne et on se rend compte que des études en Arts Appliqués nous correspondraient beaucoup mieux. Et voilà! Bon, et avant ça on s'est fait virer de l'école de commerce.

Mais plus sérieusement, les études en Arts Appliqués étaient davantage faites pour moi que les Beaux Arts, disons que je trouvais ça plus rassurant et j'y ai tout de suite rencontré des gens qui avaient les mêmes envies que moi, ce sont toujours mes potes et on travaille ensemble aujourd'hui.

 

 

– Ces potes de l’époque, c’étaient qui ? Jeanclode ? Jeanspezial ?
 

On a tout de suite eu envie de bosser ensemble, au départ c'était ni plus ni moins qu'un crew de graffitis - parce que c'était cool d'avoir un crew*. On a fini nos études à Troyes, on y est arrivé par hasard sans savoir qu'on y trouverait un nombre incalculable d'usines désaffectées et de terrains vierges pour s'entraîner. A côté de ça, on avait envie de se faire la main en tant que graphistes / illustrateurs et on a fait pas mal d'affiches pour des soirées étudiantes, un magazine gratuit, quelques plaquettes, etc.  Et il nous fallait un nom, on a décidé de s'appeler Les Jeanclode.

Très vite on s'est fait d'autres amis qui faisaient parti d'un autre groupe, les "Espezial". On a fait de la peinture ensemble, pas mal de murs, et on s'est dit : "Pourquoi ne pas faire un collectif tous ensemble ?"

Et c'est comme ça qu'on a créé "Jeanspezial". La machine s'est vite lancée, nous avons fait beaucoup d'expos, beaucoup de peinture, des décos pour des agences de pub, etc.  Ce qu'on voulait, c'était s'amuser et se faire plaisir tous ensemble, comme une bonne vieille colonie de vacances. Le collectif existe depuis 7 ans maintenant. Avant on était connu en tant qu’entité Jeanspezial mais maintenant tout le monde a tiré son épingle du jeu : tatoueur, model-maker, illustrateur, pub, ... On ne se retrouve en collectif qu’à quelques occasions, comme par exemple à Berlin (Festival Pictoplasma en avril 2012), car chacun est très occupé et ça devient compliqué de se retrouver.

 * groupe d'artistes graffiti ou street-art

 

 

–  Et qu'est ce que tu fais dans la vie maintenant?

D'un côté, je suis illustrateur pour des campagnes de pub et un peu d'édition, et je travaille en collectif sous le nom Les Jeanclode, avec Sébastien Touache et Mathieu Julien.

En parallèle, je consacre aussi pas mal de temps à faire du graffiti et à promouvoir mon univers personnel en faisant des dessins, des toiles, et en participant à des expositions.

 

 

- Sur ton site, l’introduction est : « Chiens qui louchent, poils et glaces trois boules ». Peux-tu nous expliquer ça ?

Alors pourquoi les poils? En fait, c'est un raccourci pour définir la manière dont je dessine. Je suis obsédé par les trames de points, de traits etc.  Les premières fois que j'ai utilisé cette technique c'était pour dessiner des monstres et des animaux avec des fourrures. Je pouvais passer des heures à dessiner poil par poil pour que le rendu soit le plus doux et plus réaliste possible. Et sans m'en rendre compte j'ai adapté cette technique de trame à tout le reste, que ce soit sur toile, sur papier, mur ou même sur Photoshop...  Je consacre toujours un temps fou à texturer les personnages, créer les ombres et lumières, les mettre en volume, faire des dégradés, etc.  Et ce, toujours en faisant des milliers de petits traits.

Et donc, même si aujourd'hui dans mon travail c'est devenu bien plus qu'une manière de dessiner des fourrures, beaucoup de gens me disent : "Ah ouais, ils sont super tes poils !"

Les chiens c'est encore autre chose, je n'en ai jamais eu mais j'adore les dessiner. Le chien, c'est le super copain par excellence et il me suit partout, c'est sans aucun doute le personnage que je dessine le plus maintenant. Et même si tu le tournes en ridicule, si tu lui fais faire n'importe quoi, si tu le martyrises un peu, il sera toujours content et aura toujours la langue qui pend - c'est sa manière à lui de sourire.

Enfin la glace trois boules, c'est un clin d'oeil à ma deuxième passion après le dessin, la BOUFFE. Que ce soit la junkfood, les plats de ma mère, les bonbons ou le foie de veau, j'aime la nourriture et j'adore aussi la dessiner.  Alors avant que tu me poses la question, non je ne mange pas de chien à la carbonara.

 

Slice of Wolf 

– Tu parles de « martyriser » les chiens : pourquoi découpes-tu des animaux sur tes dessins ?

Oh, je ne l'ai fait que sur quelques images mais c'est vrai que j'aime bien les découper, leur couper la tête pour voir ce qu'il y a dedans... ça m'amuse, rien de plus ! Et d'ailleurs il n'y a pas que les chiens que je martyrise...

En fait, j'aime bien dessiner des images à plusieurs lectures et voir la réaction des gens. Alors parfois c'est triste mais les gens sourient, et parfois c'est censé être drôle mais parce qu'un chien a la tête coupée alors les gens trouvent ça dégueu ! Ca m'amuse. 

 

 

– Est-ce que tu peux nous dire quelques mots sur les niveaux de lecture de tes images, par exemple sur celle-ci (voir photo ci-dessous) ?


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C'est une image que j'ai réalisée dans le cadre d'un projet mené par French Fourch sur le thème de la baston. Plusieurs artistes/graphistes/illustrateurs y ont participé et chacun devait faire une image autour de ce thème. J'avais envie de leur proposer quelque chose de plus décalé qu'une scène de baston classique qui aurait tout de même été drôle à dessiner mais qui m'amusait moins.

Alors là on est typiquement dans la double lecture. Au premier coup d'oeil, on se retrouve devant une scène complètement figée, un peu comme une nature morte. Il n'y a ici aucune volonté de dynamisme, au contraire.

On a l'impression d'être devant un manège abandonné, voire même une sculpture.

Mais quand on rentre dans le détail, on se rend compte qu'il vient de se passer quelque chose. On a failli surprendre les personnages en train de s'entretuer, un peu à l'image de votre maman qui rentre dans votre chambre et qui vous surprend presque en train de mimer Kurt Cobain devant votre glace. Ici les personnages essaient de camoufler comme ils peuvent le fait qu'ils viennent de se défouler les uns sur les autres.

 

 

– Sais-tu que ce que ta signature, avant tout, ce sont les trames et la texture ?

Oui c'est vrai, dans le cadre du graffiti on me parle beaucoup plus de ma technique et des trames de traits que de mes personnages.

Mais ça ne me dérange pas du tout, au contraire, j'adore cette manière de bosser et j'ai l'impression que c'est ce que j'ai de plus personnel. On me demande d'ailleurs souvent si c'est vraiment de la bombe ou même parfois si ce n'est pas du pochoir - là, j'avoue que je ne comprends pas.

Je suis quelqu’un de besogneux et de patient. J’aime la richesse des dégradés.

Et il ne faut pas croire que je fais ça au pif ! Des fois, je me prends la tête pour deux traits qui manquent sur une image, je sais ça peut paraître débile !

 

 

NicolasBarrome

 

 

– Comment se passent tes récentes collaborations avec Amandine Urruty ? Avez-vous le même souci de la matière ?

Amandine est surtout reconnue pour ces dessins sur papier et sur toile, elle ne faisait pas de peinture en grand avant mais je n'ai pas eu besoin de beaucoup insister pour qu'elle vienne faire un mur avec moi.

Cela lui a beaucoup plu et nos images ont particulièrement bien fonctionné ensemble. Sa première expérience était en avril dernier et depuis nous avons fait beaucoup de peintures à deux.

Son approche n'est pas la même, elle utilise de l'acrylique au pinceau mais ça n'est absolument pas un problème, nous prenons beaucoup de plaisir à mélanger nos univers.

 

      

 

 

– Alors, les projets ?

C’est d’abord le prochain Winter Show organisé par Arts Factory du 21 novembre au 7 décembre 2012 à la Galerie Lavignes Bastille .

C’est une exposition collective et j'y participe avec certains membres du collectif Jeanspezial.

Je participe en même temps à une autre exposition collective au Danemark en décembre.

J'espère de beaux projets en pub, beaucoup de peinture et ce sera déjà pas mal !

 

 

Vous pouvez, bien entendu, aller voir son site, sa page Facebook, ou son compte FlickR.



Par Mcwp - Publié dans : Street Art
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Mercredi 26 septembre 2012 3 26 /09 /Sep /2012 17:25

Le Street Art est une portion d'art qui sort des musées - parfois pour mieux y entrer par la suite. Sébastien Lecca fait partie de ceux qui distraient notre quotidien de ces traces.

 

561097_425224937514121_1686805126_n.jpgCes derniers temps, j'avais constaté à différents endroits de Paris des foetus peints à même le sol. La communauté Instagram aidant, j'ai découvert qui se cachait derrière ces dessins.

 

Peintre autodidacte né au Pérou, Sébastien Lecca s'affirme et se fait connaître dès 2005 comme plasticien impliqué auprès des personnes handicapées en recouvrant le tronc des arbres par des tissus aux multiples prénoms. Ce projet va se déplacer de la place des Fêtes du XIXe jusqu'à la Garden Party de l'Elysée, le 14 juillet 2007.

En 2007, il s'oriente vers les portraits qu'il agence en peinture modulaire et interactive. Cette mise en scène de figures publicitaires ou quotidiennes avec des portraits de gens connus ou inconnus constitue un puzzle glissant où l'interactivité laisse le champ libre à l'imagination.

En 2009, le  super foetus fait son apparition sur le bitume parisien et se popage par divers supports et formes : sculptures, tee-shirts, body painting, etc. La propagation du symbole est en marche, à suivre le site superfoetus.com.

 

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Il peint ses foetus à Londres et à Paris, sur les trottoirs et maintenant sur les murs.

Son propos vise à questionner sur le sens de la vie : "D'où venons nous ? Que faisons nous ? où allons nous ?"

 

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Parallèlement à ce projet, il crée un concept poétique de baisers captés par les caméras de surveillance baptisé "Embrassez-vous". Ce projet où chacun peut participer est le montage de manifestations d'amour filmées par des caméras dans des lieux publics ou des supermarchés. Les participants doivent ensuite obtenir cet extrait grâce au principe de droit d'accès à l'image. Mais il est question de tergiverser et on nous dit qu'un autre projet est en cours... Je vais essayer d'en savoir plus, je vous tiens au courant !

 

Si vous voulez découvrir son univers, mercredi 3 octobre 2012, à partir de 18h a lieu le vernissage de l'exposition Dans le ventre des femmes. Vous pourrez y découvrir comment l'humain s'inscrit dans l'espace urbain dans toute sa dimension, sociétale, métaphysique et poétique au travers de toutes ses créations.

59 RIVOLI "chez Robert, électrons libres"  59 rue de Rivoli, 75001 Paris 

 

Vous pouvez aller sur le site de Sébastien Lecca et sur son compte Facebook pour plus de détails.

Par Mcwp - Publié dans : Street Art
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